Posts Tagged ‘hippie’

La destination

9 juin 2009

Arrivée à destination :

 

Voilà, nous avons franchi la frontière! La ‘vibe’ est étonnante au BC. Tout est relax, un oiseau picosse sur la route sans se soucier du véhicule qui fonce sur lui, chaque chose en son temps quoi! Une chèvre des montagnes broute dans le fossé d’une courbe, les fesses bien exposées aux automobilistes. Un famille de chevreuils se trouve sur le bord de la route et nous regarde tel leur soap de l’après-midi. Les gens roulent tranquillement et ceux qui nous dépassent porte habituellement une immatriculation de l’Alberta. Bref, ‘y en a pas d’problème’! Daniel a assez bien décrit Nelson, notre premier arrêt, je ne vous baderai pas de ma description qui de toute façon ne serait pas très élaborée, puisque bien que j’ai trouvé la ville jolie, l’ambiance ne m’a pas frappée et peut-être même un peu déçue. Je l’ai trouvée beaucoup plus touristique que hippie, peut-être parce que nous y étions durant la fin de semaine. Kaslo m’a plu davantage, beaucoup plus petit et offrant moins d’attractions, il est charmant dans sa simplicité, son esthétisme et son atmosphère de village ouvert et alternatif : des nombreux regroupements de gens (tricot, potterie, ‘men’s group’), aux nombreux magasins d’alimentation naturelle en passant par le ‘snack-à-patates’ qui offre apparemment un choix de burger végé. 

 

Si Nelson ne m’a pas satisfait du coté du spécimen hippie, la famille qui nous reçoit présentement me comble au plus au point. Commençons par la ferme : une maison principale en bois avec une serre adjaçante à la cuisine et trois cabines, chacune divisée en deux, plus bas sur le terrain (nous habitons la moitié d’une de ces cabines). Entre la maison principale et les cabines, une plantation de beaux cerisiers desquels pendent une multitude de minuscules vers verts, qui se jonchent sur Daniel, empruntant de sa démarche méditative à chaque coup le chemin sous les branches! Partout autour de cette plantation se trouvent des jardins, cinq au total. Nous y trouvons amplement de travail, plantation, désherbages, arrosage…

 sur les rives du Lac Kootenay à la ferme

David est le patriarche du domaine. Sourire jusqu’aux oreilles, sa plus grande passion est probablement la parole. Il a constamment de quoi nous entretenir, de la spiritualité au compostage sans oublier les nombreux complots mondiaux qui font que la terre tourne comme elle tourne. Si l’on souhaite commencer à travailler tôt, il faut soit s’y prendre beaucoup plus tôt ou bien déjeuner dans notre cabine. L’idéal est probablement d’oublier l’heure et de se laisser porter par la vague, on est venu ici pour sortir de notre rythme citadin après tout! À l’heure d’un repas, il nous montre un de ses chandails, le most du hippy, le fameux chandail coloré ‘trip d’acide’ avec un gros signe de peace & love au centre. Les trois fillettes éclatent de rire et me disent qu’il ne le porte presque jamais, c’est son chandail pour les occasions spéciales. Ah bon! (Et comme il a eu un coup de foudre pour le modèle, il le possède en manches courtes ET en manches longues) Le lendemain matin, David porte son précieux chandail alors je lui demande en quelle occasion il se met sur son 36. Il me répond qu’il se rend à Creston aujourd’hui pour aller chercher du foin et que dans ce coin se trouvent plein de ‘Rednecks à l’esprit peu ouvert’! Je crois qu’il cherche la confrontation alors il me répond diplomatiquement qu’il souhaite simplement créer des opportunités d’échanges, de communication et de rapprochements avec ces gens! Ça vous donne une belle idée du personnage je crois J

 

Janet, sa conjointe, moins flamboyante et volubile est tout aussi précieuse en son genre. Shaman, danceuse, herboriste, professeur, maman à temps plus que plein (les trois fillettes font l’école à la maison), elle semble porter sur son dos la charge humaine de cette terre et nourrit sa famille, les wwoofers et les quelques amis-troubadours-âmes en peine-corps en déroute qui semblent s’arrêter fréquemment pour quelques temps à la ferme.

 vue de notre cabine

Les trois fillettes qui illuminent de leurs rires nos soupers s’entendent à merveille. En fait, elles m’ont fait prendre conscience que les êtres ici vivent dans une belle harmonie. Les trois chiens, bien que deux aient l’air d’ours polaire et qu’un descende directement du loup, sont tous de gros toutous pour les humains sans perdre leurs instincts lorqu’il s’agit de défendre le domaine des coyotes qu’on peut entendre au loin le soir ou des ours qui tournent aux alentours.

 Daniel et Body The Ram, le bélier qui branle sa queue quand on le flatte

Nos journées ici s’écoulent gaiement à la vue des cimes enneigées nous entourant et aux chants du silence et du vent, ponctué de gazouillement d’hirondelles, du bruit de moteur d’un oiseau mouche ou des cris des enfants qui résonnent au loin. Voilà la vie, me dis-je. Et ma sensation de vide reste là, ni vertigineuse ni confortable. Seulement surprenante puisque je ne m’attendais pas à la trouver sur ma route. Tout est probablement bien ainsi…

 

Je vous aime!

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La terre promise

31 mai 2009

Aujourd’hui pas de photos, nos appareils sont malheureusement vidés de leur jus de sodium-nickel machin et ne peuvent donc pas déverser leurs pixels dans nos portables… ça viendra, c’est promis… Le défi est alors encore plus important, vous faire voir avec les mots tout ce que nous avons vu depuis trois jours, c’est à dire presque le paradis sur terre. Notre arrivée aux Rocheuses a été célébrée en grandes pompes: le Soleil éclairait si bien chaque roseau, chaque aiguille de pin, les cumulus étaient gonflés d’amour duveteux immaculé, la neige des hautes cimes réfléchissait toute son ardeur lumineuse sur les lacs d’un turquoise profond, les oiseaux splendides -mais inconnus pour les yeux d’un gars comme moi ayant uniquement grandi avec le guide des « Birds of Eastern America »- pépiaient tout près de nous leurs charmants mouvements courtisants. Seuls les ours n’étaient pas au rendez-vous, ce qui n’était pas plus mal, je l’accorde à l’Univers. Car ici, c’est écrit partout, c’est leur territoire, et ils ne sont apparemment ni des peluches ni des mascottes. 

La suite à Calgary fût brève. Après s’être vus frappés de plein fouet par des prix exorbitants en matière de légumes et fruits frais, nous nous sommes repliés dans les retranchements de notre voiture avec la nourriture suffisante pour deux jours entiers (crue bien entendu!), et sommes partis nous reposer dans un camping des Foothills… Deux jours à rien foutre, juste se reposer. Au bord d’une rivière fougueuse d’un glacial mémorable (on s’y est lavé tout de même!), nous nous sommes enfin reposés. Juste de ne pas bouger, de laisser la voiture là, de ne pas monter et démonter la tente, ça fait du bien au corps et à l’esprit. La vue des montagnes était superbe, ces pics enneigés qui semblent si inhospitaliés pendant que nous, bien au chaud dans les petites collines, nous nous prenions un de ces coups de soleil! Ouch! Cette pause du côté albertain nous a donc fait un bien immense, juste assez pour partir ce matin pour la Colombie-Britannique, c’est à dire franchir ce rideau de pierres, de glace et de sapins, pour enfin trouver de l’autre côté notre terre d’asile estivale.

Et là, ce qui m’est arrivé, ce n’est pas rien, pas banal. Je laisserai à Véronique le soin de vous partager ses impressions si elle le désire dans un de ses articles, car ceci est bien trop personnel: Vous savez lorsque l’on tombe en amour? On voit la personne pour la première fois, on la trouve jolie mais ce n’est pas ça qui nous enflamme, c’est quelque chose de plus, quelque chose derrière, de plus profond, une impression inébranlable que quelque chose de grand et d’irréversible vient de se produire dans notre coeur… on ne sait pas pour l’autre, si il ou elle vit la même chose, mais on sait pour soi que ce qui brûle, là, en-dedans, c’est l’amour. Bien, moi, c’est ce qui m’est arrivé tout à l’heure. Soudainement, dans le passage d’un col, une énergie chaude et paisible m’est tombée dessus. Je me croyais encore en Alberta, en approche du passage de la frontière provinciale, mais non, c’était fait, j’avais loupé le panneau, on venait de traverser sans que je le saches… C’est fou ces affaires là. Les énergies qui diffèrent d’une place à une autre. L’Alberta avait une énergie un peu suffisante, présomptueuse, crispée mais penaude aussi. Bien, en tout cas, je l’ai sentie tout de suite cette « vibe du BC »! Ce « cool » m’a été des plus contagieux parce que j’ai tout de suite senti mes veines se dilater, mes muscles se décontracter. Des montagnes et des montagnes plus tard, toujours aussi vertes de leurs Pins de Douglas et de leur neige d’étoile filante, de flancs escarpés en vallées luxuriantes, mon coeur n’a cessé de se remplir d’émerveillement et d’amour (et là là, ce n’est pas qu’on en ait pas vécu d’affaires avant dans ce voyage, on est sensibles Véro et moi, on a tellement de fun ensemble, notre communication est merveilleuse, on partage nos impressions sans cesse, on en a senti des vagues de toutes sortes au fil des kilomètres…), de par les rivières de montagnes impétueuses, des sources et chutes jaillissant du roc à chaque falaise, et ce Soleil bénit, toujours aussi éclatant, à la lumière si chaude et claire… Ce, jusqu’à ce qu’on arrive à la Mecque du hippie, le « coup de grâce » au vrai sens du terme, la charmante ville de Nelson, nichée dans sa vallée, Nelson la ville qui sent bon. Grenouille l’aurait beaucoup aimé, j’en suis certain. Les lilas, maronniers, philadelphus, cerisiers et bien d’autres sont en pleine fleur, ils embaument intensément les rues bordées de coquettes maisons colorées. C’est une petite ville en étage, comme j’en ai vu en Europe, avec des passages reliant les différents plateaux des différents quartiers. Le dernier lot du camping municipal était pour nous, il nous attendait vaillamment avec comme sourire sa pelouse toute verte et moelleuse, comme baiser sa douche chaude délicieuse et comme belle surprise, afin que je puisse me rapprocher de vous, êtres chers, l’internet sans fil haute vitesse! À bientôt!