Posts Tagged ‘ferme wwoof’

Lacto-fermentations, saveurs locales et Salt Spring Island

9 août 2009

saltspring-roche

Salt Spring Island. La plus grosse île de l’archipel du sud du golfe de Georgie, juste entre Vancouver et Victoria. Je suis en amour avec l’endroit. Non seulement le cadre dans lequel l’océan se révèle est superbe mais la nature y est spécialement magnifique, l’île située en pleine zone des Rainforests. Nous sommes hébergés sur une ferme/communauté travaillant en permaculture et qui est axée sur l’éco-foresterie, donc de l’usage et la gestion écologique et raisonnée de la forêt. Certains arbres y sont énormes, parmi les plus gros et grands que j’aie eu la chance d’admirer jusqu’à maintenant. Et si l’île est si belle, c’est aussi parce que les gens que j’y ai rencontré et qui y habitent sont si gentils, ouverts, hospitaliers, colorés, chaleureux. Je n’ai jamais vu d’endroit aussi riche en vie alternative. C’est presque un rêve pour un grano tant il y a, d’une manière concentrée sur l’île toute entière, de fermes biologique ou de communautés alternatives, de centres de méditation ou de yoga, de cafés bio et équitable, de marchés locaux. Au bord des routes, des kiosques aux fruits, légumes ou oeufs à vendre se succèdent, quoique pourtant inhabités… puisqu’ici la coutume est de venir se servir soi-même et, en toute honnêteté, de mettre les sous nécessaires dans une boîte (souvent non-cadenassée) à même le kiosque. Les gens ici semblent se faire confiance, les vitres des voitures baissées en plein stationnement de centre d’achat, les ordinateurs portables laissés sans surveillance sur la table d’un café pendant plusieurs dizaines de minutes, les vélos déposés simplement sur le côté d’un commerce. Ici, « faire du pouce » est d’usage courant par on dirait tout le monde, un moyen de se rendre à son lieu de travail sans crainte d’arriver en retard, la moyenne d’attente est apparemment de 2 minutes maximum pendant le jour. Un paradis parfait pour l’alternatif? Le seul bémol est de l’ordre pécunier: tout est extraordinairement dispendieux.

gang-saltspring

Sur la ferme, nous partageons presque tous les moments avec nos amis Andrew et Chaylene ainsi qu’une autre gentille wwoofeuse britannique du nom de Hannah. Ensemble, nous avons passé de très beaux moments depuis notre arrivée mardi dernier, ce relent de sociabilité nous fait le plus grand bien après notre dernière étape difficile sur l’île de Galiano (voir article précédent). Dès notre arrivée, plusieurs opportunités se sont offertes à nous, des rencontres se révélant savoureuses et pouvant porter fruits se sont montré le bout du nez… Parmi les belles personnes dont nous avons fait connaissance, Luba, lumineuse créatrice de gourmandises vivantes rencontrée au marché local du samedi et avec qui nous risquons de rester en contact pour l’organisation d’un potluck cru avec la communauté crudivore de l’île.

stellar-potluck100feet

Avant la parenthèse sur Galiano il y a eu notre dernier moment à Stellar Seed qui fut des plus spécial: Un potluck ayant comme thème « ingrédients provenant de moins de 100 pieds du lieu de préparation du plat cuisiné ». En effet, consommer localement avec « The One Hundred Mile Diet » devenant de plus en plus populaire un peu partout en Amérique, nos hôtes ont trouvé intéressant d’organiser un événement avec une distance encore plus courte de 30 mètres environ, se voyant donc pratiquement s’arrêter aux limites des jardins ou fermes des participants. Ainsi, des tablées de salades diverses, bouchées aux herbes, tartes salées, viandes préparées, maïs sucré, pains frais, cidre maison, bières, fruits et dessert, furent avalées avec entrain par une cinquantaine de personnes venues des fermes bio voisines. J’y avais bien sûr préparé quelque chose de cru, une recette que j’avais anticipé plusieurs jours à l’avance et qui fut élaborée presqu’à 100% avec des ingrédients du jardin adjacent à notre chambre:

kimchi

KIMCHI ou LACTO-FERMENTATIONS ÉPICÉES

La fermentation lactique (pourtant possible sans lait!) est un procédé naturel par lequel des bactéries amies, de l’ordre des probiotiques, transforment les glucides de certains légumes en acide lactique, leur permettant ainsi une meilleure assimilation de leurs éléments par notre système digestif et une conservation accrue. Comme pour le yaourt ou le kéfir, ces aliments deviennent des alliés de choix pour notre flore intestinale. La choucroute est le meilleur exemple de ce type de fermentation. Cette version inspirée du Kimchi, célèbre lacto-fermentation coréenne, demande de 4 à 6 jours aux bactéries lactiques pour fermenter les ingrédients ci-bas, le miso non-pasteurisé servant de culture active de départ:

Matériel:

-un grand bocal à cornichon d’un gallon (ou si plus petit bocal, couper les quantités de la recette pour obtenir les bonnes proportions);

-un plus petit bocal (ou un verre) rempli d’eau pure possédant un diamètre légèrement inférieur au goulot du grand bocal;

-un pile-patate;

-un grand bol ou bac, couteau, planche à couper

-un tissu propre ou coton à fromage

-Une pièce tempérée entre 20C et 25C

Ingrédients:

2 choux verts moyens coupés assez finement (garder entière au moins une grande feuille extérieure de l’un d’eux, conserver de côté)

6 carottes râpées ou en rondelles très minces

2 oignons tranchés finement

2 poivrons jaunes, oranges et/ou rouges coupés en lamelles

6-8 gousses d’ail broyées

3-4″ de gingembre frais émincé finement

2 cuil. à thé de miso non-pasteurisé

3 cuil. à soupe de sel de mer

2-3 pincées de chacune des épices suivantes:  graines de carvi, de coriandre, de moutarde, poivre noir en grains, cayenne


–> Dans un grand bol ou un bac, mélanger tous les ingrédients. Avec des mains propres, masser les légumes vigoureusement pendant le brassage. Laisser reposer une quinzaine de minute puis brasser quelque peu à nouveau. Commencer à remplir le grand bocal du mélange en tassant fermement le tout à l’aide du pile-patate à chaque 3″ environ. Le jus des légumes devrait commencer à monter au fur et à mesure du tassage. Arrivé jusqu’au début des « épaules » du bocal, -lorsqu’on les presse,- les légumes devraient être complètement sous le niveau du liquide extrait par le tassage. Placer la grande feuille extérieure de chou que l’on avait réservée sur le mélange, à l’intérieur du bocal, afin de former un genre de couvercle touchant les légumes. Mettre ensuite le plus petit bocal (ou verre) rempli d’eau dans le goulot du grand bocal, afin de créer un poids servant à conserver en tout temps le mélange et sa feuille de chou sous le niveau du liquide. Dans une pièce tempérée (20-25C), recouvrir le tout d’un tissu propre ou d’un coton fromage afin de s’assurer qu’aucune bestiole n’ira s’y noyer ni poussière s’y déposer. Laisser fermenter tranquillement tout ce beau monde pendant 4 à 6 jours en prenant soin de ne rien déranger des bocaux ou du mélange mis à part de venir renifler quotidiennement l’évolution aromatique de la fermentation. Vous pourrez constater qu’à chaque jour, le kimchi prendra une odeur de plus en plus vinaigrée, ce qui est tout à fait normal. Une bonne ventilation du lieu pourrait être nécessaire surtout si la pièce est habitée pendant le jour (ou la nuit) et que l’odeur vous déplaise quelque peu… Après les jours écoulés, mettre le tout au réfrigérateur (en fermant le couvercle du bocal ou en transférant le tout dans des plus petits bocaux mason fermés de leurs couvercles) afin de stopper la fermentation. Consommer immédiatement ou conserver pour plusieurs mois à condition de conserver le tout au frigo en tout temps.

kimchi_jars

Une image d’un autre blogueur épris de fermentation juste pour vous montrer l’idée « du mélange sous le liquide » et « du p’tit bocal dans le grand pour faire du poids »… les élastiques ne m’ont jamais été nécessaires dans le passé mais pourquoi pas?

Publicités

Bronzage, pieds sales et croquettes aux noix

18 juillet 2009

stellar-pieds

Par où commencer tant il y a de choses à dire? Tant de micro-détails se sont manifestés depuis mon dernier billet! « Keep it simple », me dis-je… D’abord, il y a eu des sessions intenses de désherbage et de récoltes. Il y a eu , y a encore maintenant et y aura apparemment pour les jours à venir, ce Soleil, intense, brûlant, cuisant nos chairs à longueur de journée dans les rangs de légumes (pas de pluie ici et des 35C à l’ombre toute la dernière semaine), ce plaisir retrouvé de marcher pied nu sur la terre grasse, de suer, d’avoir les cheveux gras et de s’en foutre… de devenir un « Dirty Organic Farmer » comme ils disent ici! Mes muscles se tonifient enfin, je retrouve des allures de mes années pré-citadines, ça fait du bien de se sentir homme à nouveau. Côté bouffe, la grande ouverture de nos hôtes, Patrick et Colleen, envers l’alimentation vivante fait que nous mangeons beaucoup mieux, cru et frais du moins. En fait, presque tout vient du jardin (même la bière – la microbrasserie bio Crannog Ales étant située à même la propriété -!) mis à part des fromages et pains produits localement. Nous nous pratiquons beaucoup à « crusiner », si ils n’étaient pas eux-mêmes des « Poor Organic Farmers », ils ne cessent de dire qu’ils nous embaucheraient assurément juste pour faire la popotte tant ils aiment ce que nous leur concoctons au fil des jours. D’ailleurs, plusieurs nouvelles recettes et projets sont nés au cours des derniers jours (voir recettes plus bas). Nous nous promettons de vous partager tout cela dans nos articles à venir.

stellar-fleurs-duo

Laitue s’apprêtant à fleurir (à gauche)/ pavots, brocolis, poireaux pour semences (à droite)

stellar-hotes

Patrick et Colleen devant une tablée de nos créations vivantes

Si le corps va donc beaucoup mieux, il en est de même pour mon esprit. Depuis le Vipassana, la digestion de tout ça s’est avéré fructueuse. Le silence et l’espace dans ma tête fait du bien. Le coeur s’ouvre chaque jour toujours encore plus, la respiration devient plus profonde. Je trouve que la nature aide beaucoup pour ça. Je redécouvre également avec beaucoup de joie et de gratitude les enseignements d’Eckhart Tolle, un rappel à l’acceptation inconditionnelle de l’instant qui se présente à chaque seconde. Sans résistance, la Vie s’occupe de tout, il ne reste qu’à se laisser porter en observant ce film qu’est l’existence et que l’on prend trop souvent sérieusement. Peut-être penserez-vous qu’il est plus facile d’embrasser « ce qui est » lorsque l’on est en vacances? Oui mais non. Grosses ou petites, des tensions intérieures, y’en a incessamment où que l’on soit, je peux vous l’assurer!

stellar-ail-duo

La récolte de l’ail et son séchage

stellar-véro-basilic

Véronique récoltant le basilic pour le marché fermier du lendemain

Après des sessions intenses de désherbage, la récolte de milliers de bulbes d’ail a tiré tout notre jus au cours des derniers jours. Stellar Seeds produit annuellement plus de 20 différentes variétés d’ail biologique avec des noms tels que Georgian Fire, Joe’s Artichoke ou Russian Red pour le marché fermier local et pour les deux « Garlic Festivals » prenant place annuellement en Colombie-Britannique. En plus des dizaines de variétés de légumes et petits fruits que nos hôtes vendent également au « Farmers Market » du samedi matin, Patrick et Colleen cultivent avec, je trouve, une grande humilité et expertise, environ 200 variétés de semences biologiques. En constatant par moi-même à quel point ils prennent soin de leurs cultures et la sélection minutieuse de leurs plants-mères, je conseille véritablement à tout jardinier de se procurer ses futures semences de jardin via leur site web. À voir aussi comment ils ont commencé de rien et comment leur entreprise grandit, ils nous donnent l’envie et le courage de continuer à nourrir les projets qui nous attendent de retour chez-nous. Parlant de ça, voici donc une de mes dernières improvisations:

croquettes-noix-sauce-verte

Croquettes de noix et légumes du jardin (donne environ 8 escalopes)

2 tasses de noix de grenobles grossièrement hâchées

1/2 tasse de graines de lin moulues

1/2 tasse de tomates séchées préalablement trempées puis coupées

1 poivron rouge, jaune ou orange coupé en petits dés

1 carotte râpée

1 oignon vert (échalotte) hâché

4 brins de persil hachés

2 gousses d’ail broyées

2 cuil. à soupe d’huile d’olive

2 cuil. à soupe de sauce Bragg ou sauce tamari

1 cuil. à thé de graine de coriandre moulue

1 pincée de poivre , de piment de cayenne et de sarriette

un peu d’eau pure (au besoin) pour l’obtention d’une texture collante pas trop liquide

–> Mélanger d’abord tous les ingrédients sauf l’eau que l’on ajoutera graduellement en dernier pour obtenir la consistance collante et pas trop liquide. Façonner des boulettes de la forme désirée avec les mains (propres! :). Passer à l’étape suivante en les roulant dans la panure:

Gomashio vivant

1/4 de tasse de sésame décortiqué (blanc) moulu grossièrement

1/2 cuil. à thé de sel de mer

quelques gouttes d’huile de sésame rôti (j’le sais, c’est pas cru…)

–> Bien mélanger et that’s it!

Déshydrater les croquettes pendant une dizaine d’heures à 105F en les tournant de bord à mi-course (pas de feuilles teflex nécessaires normalement si la texture est assez ferme). Avant de les savourer nature, vous pouvez céder à la tentation de les napper de cette sauce également sortie de mon imagination:

Coulis rafraîchissant au citron, au basilic et à l’ail

3 feuilles de bette à carde

2 tasses de feuilles de basilic fraîches

1 cuil. à soupe de beurre de cajou ou de macadame

4 cuil. à soupe d’huile d’olive

3 cuil. à soupe de jus de citron

4 gousses d’ail

sel et poivre (au goût)

–> Passer tous les ingrédients au mélangeur jusqu’à leur réduction en purée crémeuse.

Ce qui est merveilleux avec le cru c’est que, même par une journée ultra-chaude comme celles que nous avons connues, tout est rafraîchissant, même ce qui est plus consistant. Accompagnées d’une salade de roquette, ces croquettes furent un véritable régal. Bon appétit et à bientôt!!!

Production de graines, pesto cru de fleurs d’ail, restriction alimentaire, alouette!!

12 juillet 2009

Stellar seedsAprès maintenant quelques jours depuis notre sortie du centre de méditation, nous sommes complêtement revenus sur le plancher des vaches (expression un peu mal adaptée à notre situation, on devrait plutôt dire le plancher des cerises, des fraises, des framboises….). Nous sommes arrivés sur la ferme qui sera notre maison pour les prochaines 2 semaines, la ferme de Stellar Seeds, spécialisée dans la production de graines de légumes bio et de fleurs (il est d’ailleurs possible de se procurer leur graines du Qc!). Quand on nous a annoncé que nous devions travailler 8 heures par jour, nous étions un peu perplexes, le double de ce que nous faisions sur l’autre ferme! Finalement, forts de nos 10 jours assis sur notre popotin, les journées passent à une vitesse phénoménale J Le travail est varié et nous sommes toujours au moins en pair pour pouvoir jaser et apprendre davantage: désherbage, transplantation de laitues, taillage de plants de tomates, cueillette de légumes varié et de fines herbes pour vente au ‘Farmers market’. Le tout est fait à relativement petite échelle mais bien structuré, comme la ferme roule depuis 8 ans maintenant…. reste que déjà mes mains se transforment en quelques membres rugueux et douleureux (en attendant d’être musclés), labourant la terre, arrachant chiendents, chardons, chénopodes, amaranth… Heureusement, il y a le lac Shushwap à 15 minutes de marche, qui est un baume pour l’extérieur comme pour l’intérieur. La température dans la région est parfaite (sans vouloir provoquer qui que ce soit) ni trop chaude, ni trop froide et avec très très peu de pluie. En fait les nuages semblent éviter la vallée, ils nous entourent souvent mais nous survolent rarement!

 du soleil plein la face

 Notre première journée de travail fut marquée par l’anniversaire de Patrick, le propriétaire de Stellar Seed. À cette occasion, un Potluck fut organisé avec plusieurs de leurs amis et fermes bio du coin. Tous autour du feu en début de soirée, nous avons déguster plein de petits délices dont cette magnifique trempette à la fleur d’ail, composé par notre hôtesse, Coleen, et adaptée ici pour le cru. Elle se mange et se présente un peu comme une guacamole mais ravit nos papilles par sa singularité.

Pesto vivant à la fleur d’ail :fleurs d'ail

1 tasse de noix de pin et/ou noix de grenoble

¼ lb de fleurs d’ail (avec la tige)

3 c.à table de jus de citron ou de lime

½ t d’huile d’olive extra vierge

sel

Dans un robot culinaire, mettre en purée les fleurs d’ail et les noix avec l’huile d’olive. Ajouter les autres ingrédients et bien mélanger.

Servir en trempette pour légumes, craquelins ou même sur des zucchinis en juliennes (comme des pâtes).

 

À la découverte de la restriction alimentaire

Un de nos petits plaisirs ici est que nous devons à tour de rôle préparer le repas et nous avons bien l’intention de leur faire découvrir un peu plus de cru pendant que nous y sommes. Oui nous aimerions en manger plus de ce cru, qui nous manque un peu alors que nous nous trouvons en période d’abondance de kale, bette-à-carde, laitue, carrottes et fruits de toutes sortes. Tout de même,  à la ferme comme au centre de méditation, la présence de cette ‘contrainte’ m’a permis d’explorer un aspect intéressant d’une l’alimentation saine et consciente : la restriction alimentaire. Ce qui m’a plu au premiers abords du cru c’est la sensation de légèreté après le repas, pas de baisse d’énergie, pas d’envie de faire la sieste, juste du bon carburant pour continuer la journée et même se sentir de mieux en mieux au cours la journée.

Durant notre cours de 10 jours, nous n’avions pas accès à beaucoup de légumes crus mais ne pouvions manger que 2 fruits et un thé après midi, au souper. Il était fortement déconseillé de manger 2 ou 3 assiettes pour compenser au déjeuner et au dîner. L’idée est de garder l’esprit clair pour la méditation mais aussi de maximiser notre métabolisme entier (assimilation des nutriments/ répartition de la dépense énergétique, regénération du corps, gestion et élimination des toxines….lorsque le corps est libre de toute tâche de digestion, il peut vaquer à une foule d’autres activités). Je me suis prêtée au jeu un peu sceptique d’abord, pour constater que ce régime me ravit! D’abord à chaque repas, il faut s’arrêter avant la satiété. Saviez vous que le message qu’envoie l’estomac au cerveau pour dire qu’il est plein prend 10 à 15 minutes pour faire la route?! Si vous mangez encore lorsque vient la satiété, il est donc déjà trop tard. À 2/3 plein, c’est parfait, dur mais parfait. Et pourquoi c’est si dur de s’arrêter? Et bien il faut se demander à ce moment pourquoi on mange! Pour nourrir le corps et lui amener ce dont il a besoin pour fonctionner? Ou plutôt parce que c’est bon et qu’on en veut encore plus? ….le réconfort que l’on trouve dans la nourriture est immense, il faut bien le reconnaître. Et si on regarde consciemment l’inconfort en nous qui nous mène à manger plus, il est déjà moins inconfortable. Et notre corps s’en trouve beaucoup mieux dans les heures qui suivent l’ingestion.

D’où vient l’idée de manger très légèrement voir pas du tout au souper? La médecine chinoise traditionelle et l’ayurvéda considère respectivement que le feu digestif de l’être humain est à son plus fort entre 6h am et 10h am et entre 10h am et 12h am. Après 6h pm, il est à son plus faible. Lui envoyer un t-bone au souper résultera en une nuit moins reposante et regénératrice pour nos cellules comme toute l’énergie sera monopolisée par la digestion. J’avais lu tout ça il y a déjà quelques temps mais d’en faire l’expérience a beaucoup plus de valeur. Ceux qui me connaissent sont au courant de ma ‘petite nature’ et de mon attachement au sommeil loooooooong, le plus long possible, 9 à 10 heures idéalement. Et bien, durant le Vipassanna, je dormais entre 3 et 6 heures par nuit. Si d’habitude je me serais transformée en loque humaine, j’étais complêtement radieuse et rafraîchie! Oui l’attitude et la transformation de mes programmations mentales y jouent un rôle mais la nourriture est, j’en suis convaincue, un élément important. J’ai remarqué très rapidement que cru ou cuit, si je mange trop ici, à la ferme, je suis beaucoup moins dynamique et légère durant la journée et ma nuit semble lourde et peu satisfaisante.

 Mais surtout ne me croyez pas sur parole et faites-en l’expérience, comme le répète souvent M. Goenka. Il n’y a rien comme l’essai pour trouver ce qui nous va le mieux à nous, après tout, nous sommes tous uniques!

la ferme

« Désert » et « fertilité »

7 juillet 2009

sapin au soleilLes rayons du Soleil cuisent doucement les aiguilles d’un sapin aux parfums exquis

Non, Véronique n’est pas enceinte. Je voulais dire par « fertilité », en opposition au pseudo « désert » de l’Okanagan que nous avons traversé avant de nous rendre au Centre de méditation Vipassana, que nous baignons maintenant, au jour où je vous écrit ces lignes, dans toute l’abondance et la profondeur des expériences que nous avons pu faire assis en tailleur pendant les 10 jours de la retraite. Pendant plus de 10 heures par jour, en silence complet, sans contact avec qui que ce soit entre nous, nous avions la mission de simplement observer les sensations dans notre corps, notre propre respiration, au fil des directives des enseignants. Réduire en mots ce qui s’est vécu là-bas serait fort réducteur de toutes les expériences si intenses dont mes cellules bourdonnent encore. Je me limiterai à dire que ce fut parmi les moments les plus intenses de ma vie, du moins intérieurement parlant. « Obligé » à descendre dans les profondeurs où l’on ne veut guère s’aventurer habituellement, de se lier d’amitié avec des sensations que l’on repousse normalement, voir qu’elles ne sont qu’énergie, impermanentes, éphémères, inoffensives malgré leur  apparence trop souvent terrible, qu’elles sont constituées de la même nature que celles que l’on aime, celles que l’on désire, celles qui nous rendent fébriles jusqu’à nous pousser à la dépendance. Tout cela se passe dans notre corps, via ce mental fou de réactions, en dépendant en fait pour sa propre survie illusoire. Observer cela en toute objectivité, sans réagir, sans étiqueter telle ou telle perception. Sentir l’expérience avec toute notre présence, en toute ouverture. Voilà ce qu’il faut maintenant continuer à pratiquer dans cette vie qui recommence à être trépidante, à la sortie de la clôture à ours électrifiée du Centre isolé de toute distractions. Et ce n’est pas facile.

Une impression de décor de film western me vient en regardant « le monde » depuis ces jours de claustration. Tout semble stable et permanent, on aimerait tant le croire, mais rien de cela n’est vrai: Un continuel mouvement d’atomes, sans aucune densité réelle, uniquement pure énergie. Rien n’est saisissable, la naissance et la mort passe des milliers de fois à la seconde. Du point de vue du « petit moi », celui qui se croit être « quelqu’un », celui qui s’acharne à s’agripper au flot, c’est terriblement effrayant. Mais si on s’abandonne à cela, par l’expérience réelle dans notre corps, non de concepts intellectuels superficiels, en acceptant vraiment ce vide inévitable et infini sous nos pieds, cette impermanence de tout ce que l’on croit ou espère « durable », la libération est merveilleuse au-delà de toute imagination. L’effleurement de cette libération m’a à certains moments fait trembler, à d’autres dissoudre de légèreté.

osoyoos

Osoyoos et son « désert » vu d’en haut du versant Est

Bon, toujours est-il que parlant de décor western, pour rester pour ainsi dire sur le plancher des vaches, déblatérons « désert ». L’Okanagan est sec et aride mais ce n’est pas un désert comme nous espérions le découvrir. Des vignobles et des vergers de fruitiers plantés dans le milieu d’une terre certes inhospitalière sans les tonnes d’eau qui y sont irriguées artificiellement. Des versants et vallées rappelant la vibe de l’Arizona ou de la Californie. Beaucoup de retraités, des grosses baraques et un feeling de consommation de l’espace un peu troublant. La saison des récoltes est commencée, quoiqu’en retard cette année à ce que l’on peut entendre, les jobs de « picking » que les Québécois attendent aux côtés des Mexicains et autres Latino-Américains afin de s’arracher les quelques postes de monteux d’échelles. Nous avons savouré déjà de merveilleuses framboises, cerises et fraises locales, ces dernières parmi les meilleures que j’aie goûtées, sans compter les petits-pois tout dodus du soleil et de l’eau qu’ils ont bus. Il n’y a pas à dire, monde illusoire ou pas, l’impermanence de ces choses canalise des saveurs délicieuses!!! Merci la Vie.

okanagan

Vallée de l’Okanagan, un contraste frappant de végétations différentes

Dans quelques heures à peine nous rejoignons nos prochains hôtes Wwoof, Stellar Seeds, à Sorrento dans les Shuswap. C’est une ferme maraîchère et de production de semences biologiques. Nous devrions y être pour les deux prochaines semaines. On vous tient au courant des découvertes et expériences qui s’annoncent, c’est promis! Alors à très bientôt!

Bye bye les Kootenays!!

22 juin 2009

La fin de notre séjour au Kootenay Logde & Farm fut marquée par l’arrivée de plusieurs gens en l’occasion d’un Open House tenu par nos hôtes. Le but de l’événement est d’attirer de nouveaux habitants pour se joindre à la communauté et débuter une fois pour toute ce grand projet. Une foule d’activités ont été organisées, des plus mémorables sont le potluck, le spectacle des enfants suivi du feu de camp et la méditation avec un grrrrrros bol de cristal. Il fut intéressant de voir la diversité des personnes qui se sont présentées, connaître leur histoire dans laquelle on finit forcément par se reconnaître à un moment ou à un autre, comprendre ce qui les amène à vouloir vivre en communauté : avoir l’impression de vivre à contre-courant et en avoir marre, vouloir participer au bien-être commun, voir un sens à la vie autre que le boulot-dodo quotidien de la majorité et vouloir l’expérimenter au-delà des mots, ne plus vouloir être pris en charge, ne plus croire que ceux qui dirigent la barque veulent notre plus grand bien et donc croire en la nécessité de l’auto-suffisance et d’un mode de vie durable à tout les niveaux, vouloir participer activement voir prendre en charge l’éducation des enfants. Toutes ces idées sont marginales oui…. mais je m’étonne à constater qu’elles commencent à faire du sens en moi…

Tout juste avant l’ouverture du Open House, Daniel et moi avons visionné le documentaire ‘The Futur of Food’, une analyse et critique de l’industrie agro-alimentaire en Amérique et des aliments génétiquement modifiés, que sont-ils au juste, qui les fabrique et pourquoi? Étonnamment troublant, même pour Daniel qui en connaissait déjà pas mal sur le sujet. Saviez-vous que les OGM ne consistent pas seulement en des modifications de gènes mais que, pour modifier un gène dans un aliment, on y introduit une bactérie contenant le gène que l’on souhaite y ajouter? À une vitesse dangereuse, les OGM se répandent, au gré du vent littéralement, et les compagnies qui les possèdent taxent les agriculteurs dont la terre a reçu ces graines bien malgré eux. Un documentaire plutôt objectif et scientifique à voir selon nous, que vous soyez convaincus ou non.

Déjà après ce premier arrêt en ferme Wwoof, Daniel et moi sentons une différence en nous. Nous avons repris contact avec notre ancrage intérieur, notre ‘sol’, nos expériences, conversations et travaux quotidiens ont pris soin de le réengraisser et les graines commencent à germer. La vision de mon futur, de comment je souhaite bâtir mon environnement à notre retour au Qc, se modifie, pas dramatiquement…. encore, mais tout de même!

Après avoir fait nos adieux à la famille, nous revoici donc sur la route, pour quelques heures seulement, en direction de Merritt où nous nous poserons pour 10 jours de méditation Vipassanna. Mais avant, nous faisons un détour par le Sud pour traverser la région d’Osoyoos, le seul désert du Canada!! Nous vous en promettons quelques clichés, mais probablement pas d’ici les 2 prochaines semaines comme nous serons reclus dans le silence. En attendant, pourquoi ne pas prendre le temps de vous confectionner les petits desserts tout simples que nous avons découverts et que Daniel vous présente dans son article! J

Avant le silence… Bouchées indiennes et boules au cacao et aux fleurs

22 juin 2009

nuages kaslo

Nos aurevoirs à nos hôtes wwoof et à la jolie ville de Nelson auront été fait sous une averse de pluie admirable. Nous avons repris la route ce matin après trois semaines paisibles et nous nous dirigeons maintenant, via la vallée de l’Okanagan, vers Merritt et son centre de méditation Vipassana où une retraite silencieuse de 10 jours nous attend à partir de mercredi. 10 jours donc sans pouvoir vous donner de nouvelles. 10 jours aussi à ne pas manger forcement cru, ce n’est pas la fin du monde bien évidemment, on verra comment nos corps réagiront à ce petit changement d’habitude.

Notre dernier popottage cru à la ferme fut mémorable. À l’occasion du potluck de l’Open House de la communauté cette dernière fin de semaine, nous avons concocté, dans un élan intéressé, des gâteries que nous allions au moins pouvoir manger (nous sommes en cure « sans aucun sucrant que se soit). C’est sur une table colorée de verdures sauvages, de salade d’amandes et de graines de chanvre germées, d’hummus, de ratatouille, de chili con carne de caribou, de muffins aux betteraves (que Véro a préparé également soit dit en passant…), de pousses de tournesols, de risotto à la féta et tomates séchées et bien d’autres, que se sont retrouvées nos gourmandises crues dont je vous présente les recettes:

boules roses et indian things

 

BOUCHÉES INDIENNES À LA CARDAMOME

1 1/2 de farine de noix de coco crue

1 1/2 d’amandes pré-trempées puis moulues

1 tasse de beurre de coco

10-15 gousses de cardamome

1 pincée de stévia concentré en poudre

1 pincée de sel de mer

Bien mélanger le tout jusqu’à l’obtention d’une pâte ressemblant à celle d’un sablé. Façonner en un grand carré plat que l’on coupera en bouchées triangulaires. Réfrigérer au moins une heure avant de servir. 

Recette fraîchement inventée par Véro afin d’assouvir mon désir envers les petites pâtisseries indiennes que l’on retrouve chez Pushab à Montréal… et, ma fois, cette version végétalienne et crue m’enchante encore plus! Si simple et si délicieux!

_____________

BOULES DE CACAO À LA LAVANDE ET À LA ROSE

1/4 tasse de graine de chia moulue

1/4 tasse de graine de lin moulue

1/4 tasse de farine de noix de coco crue

1/2 tasse de beurre de coco

2 cuillères de tahini cru

1/3 tasse de poudre de cacao crue (ou de caroube pour les moins cochons…)

5-6 gouttes d’huile essentielle de lavande

1 bonne pincée de stévia concentré en poudre

1-2 pincées de sel de mer

Poudre de pétales de rose (pour la déco)

Mélanger le tout, sauf la poudre de rose, avant de façonner de petites boules. Rouler ces dernières dans la poudre délicatement aromatique. Réfrigérer au moins une heure avant de servir.

Une version florale d’un classique adapté de mes « boules d’énergie » d’habitude sucrées aux dattes et au sirop d’agave. Plus soft certes, elles n’en sont pas moins délicieuses et santé, ajoutant d’une manière agréablement sournoise une bonne dose de  fibres dans votre bol alimentaire…

________

À bientôt!!!! 

 

La belle vie

16 juin 2009

duo-jardins-kaslo

Juste avant d’aller manger à l’unique resto indien de Nelson et de prendre un café mémorable dans ma nouvelle maison de torréfaction fétiche, l’Oso Negro, nous venions juste de déposer la charmante Kiki, notre première auto-stoppeuse du voyage, maître Reiki de 17 ans, bohémienne campeuse aux cheveux bleachés. C’est notre troisième journée de congé de la semaine.  Le trajet entre Kaslo et Nelson est d’environ 45 minutes, une distance fort acceptable pour aller se changer les idées de la vie à la ferme et venir vous écrire d’un café internet. Et, vu notre passage en ville,  notre mission sera également de faire les grandes emplettes familiales à la coopérative biologique.

véro-kayak

dan-chiens

Notre séjour à la ferme entame sa dernière semaine aujourd’hui. Nous y sommes si bien, le paysage y est si magnifique, notre intimité si préservée, les 20 heures de travail par semaine passent rapidement, mais tout le reste aussi malheureusement… Entre les sessions de désherbage, de plantations, de récoltes, de cuisine et de ménage, nous avons la chance d’aller nous balader dans la forêt d’arbres gigantesques qui borde le domaine (gare aux ours et aux cougars cependant!), de s’aventurer en kayak ou de simplement de se laisser dorer au soleil en lisant un livre inspirant. Les chiens viennent souvent veiller sur nous, que cela soit sur la berge du lac ou sur notre terrasse. J’ai appris que le Québec n’avait pas spécialement profité d’un temps exceptionnellement chaud depuis le printemps; ici, en montagne, même si les nuits sont relativement fraîches, nous frôlons les 30C en après-midi et le soleil est quotidiennement de la partie. Les pluies ne persistent rarement plus qu’une demie-heure, lorsque les nuages vaporeux et fantastiques s’agrippent aux flancs vert émeraude des sommets sauvages. Que dire de plus lorsque le temps ne fait que passer si doucement, un moment à la fois, sans la fébrilité du rêve de « toujours à avoir à faire plein d’affaires »?!? 

nuages-kaslo

Non pas selon « ce que je veux », ce voyage semble prendre une fonction « purgative »… de quoi, je n’ai toujours pas saisi complètement l’ensemble du truc, mais je ne cesse de rêver à vous tous et toutes: Nuit après nuit vous êtes là, dans mon sommeil, je ne cesse de rêver à ma famille, à mes amis proches ou même à des gens dont j’avais consciemment oublié l’existence. C’est vraiment intense, plein de symboles forts, j’ai l’impression de faire un ménage énorme, une grosse vente de garage à méninges ouverts, un lavement du bulbe reptilien! Bref, sachez-le bien très chers amis et merveilleuse parenté, je pense à vous et ne vous oublie pas du tout apparemment! À bientôt!!!

La destination

9 juin 2009

Arrivée à destination :

 

Voilà, nous avons franchi la frontière! La ‘vibe’ est étonnante au BC. Tout est relax, un oiseau picosse sur la route sans se soucier du véhicule qui fonce sur lui, chaque chose en son temps quoi! Une chèvre des montagnes broute dans le fossé d’une courbe, les fesses bien exposées aux automobilistes. Un famille de chevreuils se trouve sur le bord de la route et nous regarde tel leur soap de l’après-midi. Les gens roulent tranquillement et ceux qui nous dépassent porte habituellement une immatriculation de l’Alberta. Bref, ‘y en a pas d’problème’! Daniel a assez bien décrit Nelson, notre premier arrêt, je ne vous baderai pas de ma description qui de toute façon ne serait pas très élaborée, puisque bien que j’ai trouvé la ville jolie, l’ambiance ne m’a pas frappée et peut-être même un peu déçue. Je l’ai trouvée beaucoup plus touristique que hippie, peut-être parce que nous y étions durant la fin de semaine. Kaslo m’a plu davantage, beaucoup plus petit et offrant moins d’attractions, il est charmant dans sa simplicité, son esthétisme et son atmosphère de village ouvert et alternatif : des nombreux regroupements de gens (tricot, potterie, ‘men’s group’), aux nombreux magasins d’alimentation naturelle en passant par le ‘snack-à-patates’ qui offre apparemment un choix de burger végé. 

 

Si Nelson ne m’a pas satisfait du coté du spécimen hippie, la famille qui nous reçoit présentement me comble au plus au point. Commençons par la ferme : une maison principale en bois avec une serre adjaçante à la cuisine et trois cabines, chacune divisée en deux, plus bas sur le terrain (nous habitons la moitié d’une de ces cabines). Entre la maison principale et les cabines, une plantation de beaux cerisiers desquels pendent une multitude de minuscules vers verts, qui se jonchent sur Daniel, empruntant de sa démarche méditative à chaque coup le chemin sous les branches! Partout autour de cette plantation se trouvent des jardins, cinq au total. Nous y trouvons amplement de travail, plantation, désherbages, arrosage…

 sur les rives du Lac Kootenay à la ferme

David est le patriarche du domaine. Sourire jusqu’aux oreilles, sa plus grande passion est probablement la parole. Il a constamment de quoi nous entretenir, de la spiritualité au compostage sans oublier les nombreux complots mondiaux qui font que la terre tourne comme elle tourne. Si l’on souhaite commencer à travailler tôt, il faut soit s’y prendre beaucoup plus tôt ou bien déjeuner dans notre cabine. L’idéal est probablement d’oublier l’heure et de se laisser porter par la vague, on est venu ici pour sortir de notre rythme citadin après tout! À l’heure d’un repas, il nous montre un de ses chandails, le most du hippy, le fameux chandail coloré ‘trip d’acide’ avec un gros signe de peace & love au centre. Les trois fillettes éclatent de rire et me disent qu’il ne le porte presque jamais, c’est son chandail pour les occasions spéciales. Ah bon! (Et comme il a eu un coup de foudre pour le modèle, il le possède en manches courtes ET en manches longues) Le lendemain matin, David porte son précieux chandail alors je lui demande en quelle occasion il se met sur son 36. Il me répond qu’il se rend à Creston aujourd’hui pour aller chercher du foin et que dans ce coin se trouvent plein de ‘Rednecks à l’esprit peu ouvert’! Je crois qu’il cherche la confrontation alors il me répond diplomatiquement qu’il souhaite simplement créer des opportunités d’échanges, de communication et de rapprochements avec ces gens! Ça vous donne une belle idée du personnage je crois J

 

Janet, sa conjointe, moins flamboyante et volubile est tout aussi précieuse en son genre. Shaman, danceuse, herboriste, professeur, maman à temps plus que plein (les trois fillettes font l’école à la maison), elle semble porter sur son dos la charge humaine de cette terre et nourrit sa famille, les wwoofers et les quelques amis-troubadours-âmes en peine-corps en déroute qui semblent s’arrêter fréquemment pour quelques temps à la ferme.

 vue de notre cabine

Les trois fillettes qui illuminent de leurs rires nos soupers s’entendent à merveille. En fait, elles m’ont fait prendre conscience que les êtres ici vivent dans une belle harmonie. Les trois chiens, bien que deux aient l’air d’ours polaire et qu’un descende directement du loup, sont tous de gros toutous pour les humains sans perdre leurs instincts lorqu’il s’agit de défendre le domaine des coyotes qu’on peut entendre au loin le soir ou des ours qui tournent aux alentours.

 Daniel et Body The Ram, le bélier qui branle sa queue quand on le flatte

Nos journées ici s’écoulent gaiement à la vue des cimes enneigées nous entourant et aux chants du silence et du vent, ponctué de gazouillement d’hirondelles, du bruit de moteur d’un oiseau mouche ou des cris des enfants qui résonnent au loin. Voilà la vie, me dis-je. Et ma sensation de vide reste là, ni vertigineuse ni confortable. Seulement surprenante puisque je ne m’attendais pas à la trouver sur ma route. Tout est probablement bien ainsi…

 

Je vous aime!

La douceur d’être posés…

8 juin 2009

dan et les montagnes + live simply

Notre chalet à la magnifique vue sur les montagnes!

Je regarde notre voiture qui est stationnée depuis presqu’une semaine maintenant. Elle est véritablement devenue une œuvre d’ « action painting », son devant est complètement recouvert des bigarrures texturées de ces mille et unes bestioles qui ont dramatiquement scellé leur destin au nôtre au fil des virages, des descentes et montées vertigineuses, des heures de routes que nous avons prises depuis notre départ. Son arrière, quant à lui, arbore le nouveau parfum du beat d’ici : Live Simply, son premier « bumper sticker », posé comme une île en pleine mer de poussière de route. Elle se repose donc enfin après tout ces kilomètres, comme nous le faisons d’ailleurs nous-mêmes, à l’ombre de notre petit chalet de bois où nous resterons pour les prochaines trois semaines.

kaslo-chalet + pic bois

Même si notre voisin immédiat, voire colocataire, est un pic bois spécialement matinal qui niche à même le mur de la chambre à coucher et qui se met à forer latéralement dès les premières lueurs du jour, le sommeil ici m’est profond et réparateur. Il faut dire que le travail physique me manquait depuis quatre ans, ça fait vraiment du bien de se coucher complètement crevé par « d’la bonne fatigue »… Mes muscles ne seront peut-être pas d’accord avec ce que j’expose ici, mais tant pis pour eux. Car le jardinage n’est pas le seul à leur remettre sur le nez leur manque de flexibilité et de tonus, je leur ai aussi fait subir une partie de soccer mémorable avec des gars du village…

lac kootenay

Le lac Kootenay vu de la plage municipale de Kaslo

Parce qu’ici, nous sommes à Kaslo, une petite ville où l’ambiance communautaire est palpable partout : des activités sociales de poterie, de yoga, des concerts de musique réalisés par des enfants faisant l’école à la maison, le « farmers’ market » du samedi où les échanges sont plus communs que les achats, des clubs de tricoteuses, etc. Nos hôtes WWOOF se fondent d’ailleurs parfaitement dans ce cadre alternatif : le Kootenay Lodge & Farm est vraiment un endroit accueillant tant par ses résidents que par le lieu comme tel… Juste au bord du lac Kootenay aux flancs escarpés et sauvages, les prés verts et fleuris du domaine contrastent avec les pics montagneux « magnificient » d’en face où la neige continue de tomber certains jours pendant que nous désherbons les rangs d’ail à la sueur de notre front. La vie passe paisiblement. Les chiens, les moutons, les poules, les gens, tout ce qui respire en cet endroit est cool. Ici, rien de stressant, même pas de moustiques pour nous énerver, que du temps et de l’espace pour être en contact avec notre nature profonde et celle qui nous entoure. David et Janet sont d’ailleurs tournés eux aussi vers la spiritualité, des échanges précieux parsèment nos journées en leur présence. L’autre soir, pendant que les coyotes riaient au loin, nous avons pris part à un rituel nocturne amérindien au bord du feu qui nous a donné à tous les deux des rêves inspirants à saveur shamaniques… Et parlant de saveurs, la nourriture ici ne nous dépayse pas du tout : kombucha, germinations, herbe de blé, lacto-fermentations, grosses salades ornées de fleurs délicieuses… pas tout cru mais presque, simplement parce que leurs filles, au nombre de trois, apprécient fortement les patates ! Ça fait qu’un peu de cuit végé voisine dans nos assiettes colorées les hâtives laitues et roquette du jardin, plantes sauvages comestibles et herbes aromatiques, pousses, marinades, fruits du verger et autres produits locaux échangés en ville avec les autres fermiers du coin.

jardins et cerisiers

Vue d’un des jardins et du verger de cerisiers

J’ai en prime avec tout ça beaucoup de moments privilégiés, beaucoup plus qu’à Montréal, pour me faire des dégustations de thé avec, en plus, par le recul dû à la distance avec le Camellia, une innocence et une curiosité bienfaitrice valant bien toutes les connaissances de dégustateur acquises pendant les dernières années. Pareil pour le jardinage, car si j’en avais mis temporairement les données mentales au rencart pendant mon séjour citadin, je retrouve aujourd’hui avec joie et spontanéité les plaisirs de me salir les genoux de compost humide, « d’avoir le d’ssous des ongles toutte’noirs » ou encore d’avoir les bons réflexes de planter « ça à côté de d’ça parce que ça va l’aider en y faisant de l’ombre » ou « pour faire piège à odeur pour les bibittes ». La nature et le travail extérieur me fait le plus grand bien. Je me suis enfin retrouvé. Ça faisait longtemps, trop longtemps. 

duo-kaslo5.1

Daniel retrouvant ses instincts de crudivore… clin d’oeil en hommage à Viktoras Kulvinskas!