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La grande traversée

28 mai 2009

départ

Le centre longitudinal du Canada, au Manitoba, vient de se laisser passer comme si de rien était. J’avais toujours voulu voir de mes yeux vus si Winnipeg était aussi moche et platte qu’on le laisse croire par la chansonnette « Àààààà Winnipeg les nuits sont longueeees… » et, franchement, c’est une ville qui m’a bien plu superficiellement parlant avec ses grands parcs, ses avenues larges et propres ainsi qu’avec ses grands complexes de magasins… À vrai dire, c’est peut-être plutôt qu’elle nous a offert un fort heureux contraste avec le long et pénible nord de l’Ontario dont nous venons enfin de nous débarrasser. On m’avait prévenu, on m’avait dit que ça allait être long : des rideaux interminables d’épinettes parsemés de lacs swampeux pittoresques, des centaines de motels délabrés et de villages composés de « maisons » aux allures de taudis… je n’aurais jamais cru l’Ontario aussi pauvre dans ses campagnes, comme si la crise les aurait touchés il y a bien longtemps. Des campings et restaurants à vendre, des fermes abandonnées, des stations services comme en voit dans des films, la pompe éventrée et rouillée par la monotonie des jours sans clients. Mais pourtant, si les maisons sont lamentables, les gens demeurant sur la grandeur de ces centaines de kilomètres de la route transcanadienne ont conservé leur dignité en une chose : ils ont presque (mais vraiment presque) tous des pick-ups. Ici, pas de chars économiques. Dans ces contrées sauvages où il ne semble ne rien arriver à part la saison des mouches noires qui recommence, les gens ont tous des pick-ups. Pour charrier du bois ? Pour aller à la chasse ? Pour survivre en cas de face à face avec une bête éruptant du bosquet ? Ou tout simplement pour faire comme les autres. Au concessionnaire de la ville d’importance de Wawa avec ses 1000 âmes, il ne semblait n’y avoir que ça à vendre! Reste que nous avons croisés 3 orignaux immenses, tentant de traverser la route live devant nous, nous avons passé des kilomètres de forêts dévastées par des incendies, le paysage aux collines nues laissant une étrange impression post apocalyptique, avons vu le clone parfait de Hubert Reeves en train de se fouiller dans le nez en attendant son café dans le drive-thru d’un Tim Hortons. La gentillesse des gens, en général, m’a surprise je dois l’avouer. Très souvent bedonnants, la peau de leur visage est rouge (et de leur cou aussi !) sur un fond de teint clair et mat, c’est frappant comme point en commun, je ne crois pas qu’ils soient en super forme à les regarder aller. Les « grilled chicken » et « Buffalo Bean Burger » sont là-dessous, j’en suis certain.

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Nous avons mangé uniquement cru depuis notre départ. En plus des petits ajouts de produits frais au fil des Supermart, nous avions préparé des tonnes de préparations crusinées avant notre départ : craquelins, croustilles, boules d’énergie, biscuits, falafels, boulettes et autres grignottines.  Avec le grand nombre d’heures de route et les nuits écourtées du camping froid et venteux, je suis agréablement satisfait de mon niveau d’énergie élevé vu la situation. Notre déjeuner typique depuis le début du voyage consiste en des noix broyés (dans notre robot manuel !), du sarrazin germé/déshydraté, de la protéine de chanvre, des petits fruits et banane, cacao, baies de goji, gingembre moulu, maca, etc… au fil de notre goût matinal.

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Si l’Ontario ne m’a pas plu du tout mis à part les paysages autour des Grands Lacs, calques quasi parfaits des tableaux du « groupe des sept », le Manitoba est ma petite surprise du voyage. La terre m’apparut si grasse et moelleuse, les gens si amicaux, l’endroit agréable à regarder avec ses vastitudes au relief un tantinet plus irrégulier que je l’avais imaginé. Des petits bocages d’arbres touffus, tels des oasis, arrivait à protéger merveilleusement les campings des vents de l’ouest. La Saskatchewan n’avait pas ce confort. Des champs en intégralité. À perte de vue, des ondulations gracieuses, vertes ou dorées, où se posent deux rubans d’autoroute. L’Alberta, pareil, sauf que là… les montagnes enneigées s’annoncent dans une affirmation dramatique. Les gens sont ici aussi, tous pratiquement, en pick-ups, sauf qu’ils ont en plus une addition frappante : la casquette. Tous les hommes sont en chemise et casquette. Et si les affiches de « Jesus the Lord will save you » parsèment le paysage, les toilettes des stations d’essence ont des graffitis illustrant la hargne que les gens du coin portent aux « Indians »…

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Le temps est clair, nous sommes dans un Starbucks de Calgary, notre premier arrêt internet. Cet après-midi, nous serons dans les foothills des Rocheuses, à nous reposer au soleil.

 

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