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Océan et salade d’algues

23 août 2009

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Ça sent bon la mer. Les pieds calés dans des débris de coquillages pulvérisés s’accumulant depuis des lustres, l’océan s’offre devant nous dans toute sa nudité. Il y a d’abord cet horizon si vaste, encombré de presque rien mis à part quelques fois par le saut d’une baleine au loin. Et cette énorme place qu’a le Soleil pour rayonner de tout son arc. Il y a aussi ces vagues écumantes, bien plus fougueuses que celles mourant sur les plages des îles du golfe, léchant presque nos talons à marée montante si nous ne prenons gare à elles. Car ici, sur la côte ouest de l’île de Vancouver, c’est connu, c’est le paradis des surfeurs… mais j’ajouterais: …et des algues! Car en effet, quoique personne n’en tienne bien compte, ici viennent s’échouer un grand nombre de ces « herbes de mer » de tous genres, aux textures et couleurs variées, s’entassant en grands rangs serrés sur les berges, tels ceux de salades printanières dans un jardin fertile.

algues

Probablement inspiré par ces laitues gluantes, je m’adonnai à popotter cette salade que je vous présente aujourd’hui et à qui, je l’espère tant pour vous que pour elle, vous donnerez une chance de se montrer délicieuse à vos papilles et nutritive pour votre hémoglobine:

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SALADE D’ALGUES ET DE KALE AU SÉSAME

1 tasse d’algues Dulse (Petit-Goémon) trempées dans l’eau tiède puis rincées, entières ou coupées

1 tasse de Varech ou de Nori sauvage, trempées dans l’eau tiède puis rincées, entières ou coupées

2-3 feuilles de kale coupées en lanières fines puis attendries*

1 échalotte coupée finement

1/2″ racine de gingembre frais râpée ou finement émincée

3 cuil. à soupe de graines de sésame (beige ou noir)

1 cuil. à soupe d’huile de sésame rôti

1 cuil. à soupe de vinaigre umeboshi

1 cuil. à soupe de jus de citron

1 cuil. à soupe de persil frais hâché finement

1 pincée de cayenne (facultatif)

–> Incorporer tous les ingrédients dans un saladier de sorte à faire une salade bien homogène… que dire de plus!

*Technique d’attendrissement du kale: Placer les feuilles coupées dans un bol. Ajouter un peu de jus de citron (plus ou moins 1 cuil. à thé pour 5-6 feuilles) et 1-2 pincées de sel. Avec les mains, les masser pendant une minute sans trop les épargner, vous verrez qu’elles sont capables d’en prendre! Laissez les reposer 5 minutes environ puis recommencez à les masser quelques secondes. Voilà! Les feuilles devraient avoir pris une texture plus tendre, d’apparence légèrement cuites.

Cette salade est tellement riche en minéraux, vitamines et protéines que mes veines en palpitent juste après l’avoir ingéré! S’il est vrai que la texture et la saveur des algues ne fait pas le charme de tous, il reste qu’après les toutes premières bouchées, on risque d’y prendre goût! Le gingembre et le sésame rôti donne un caractère bien terrestre et chaleureux à ces verdures du fond de l’océan froid et mystérieux… À servir avec des légumes craquants ou des craquelins de lin par exemple.

tsunami

Confiture vivante de mûres à la lavande

14 août 2009

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Après la pluie bienfaitrice des derniers jours, les mûres dans certains bosquets sont grosses comme des cerises, explosent presque dans nos mains tendues entre les tiges épineuses tant elles sont heureuses d’être cueillies. Les voitures des locaux sont stationnées parfois sur des bords de routes escarpés, leurs bras en l’air, détendus et joyeux, leur pot de yogourt possédant l’agréable destin d’être rempli de la grande générosité de la nature.  Les pommes, les prunes et  les abricots sont là également… c’est le temps des confitures! Mais pour moi, quand je vois toutes ces personnes se ruer sur leurs pots mason poussiéreux pour les stériliser, cuire patiemment ces baies délicieuses dans l’espoir d’un hiver plein de couleurs sur leurs tartines, je pense aux kilos de sucre blanc qui seront malheureusement versés sur tous ces pauvres fruits. La santé vibrante empoisonnée au nom de la conservation… Je préfère de loin la congélation de toute cette abondance si je devais choisir. Et comme j’aime la confiture et que ces fruits frais me crient de venir à eux, je me suis adonné cette semaine à concocter cette « crufiture » de mûres:

CRUFITURE DE MÛRES À LA LAVANDE ET AU POIVRE

2 tasses de mûres écrasées à la fourchette

4 cuil. à soupe de sirop d’agave cru ou de miel non-pasteurisé

2 cuil. à soupe de graines de chia moulues

1 goutte d’huile essentielle de lavande bio (de bonne qualité, pas d’Adrien Gagnon ou de boutique indienne svp!)

1 pincée de poivre moulu

–> Mélanger tous les ingrédients dans un bol jusqu’à l’obtention d’une texture de confiture, le chia gélifiant le tout après quelques minutes de repos. Conserver en tout temps au réfrigérateur pour plusieurs jours (plus d’une semaine).

À savourer sur une crème de noix de coco glacée, dans des granolas vivants, du kéfir de noix ou simplement sur une tranche de pain de grains germés. Cette recette peut servir de simple inspiration pour vous, varier les fruits et les huiles essentielles/épices au fil de vos goûts et des produits disponibles en saison. Dans le cas des huiles essentielles, il sera important de vous informer préalablement sur le web à propos desquelles vous pourrez utiliser « en interne » en toute sécurité dans votre nourriture, spécialement si femme enceinte ou enfant il y a. Parmi les quelques unes que nous utilisons régulièrement  et parcimonieusement figurent la lavande, la rose, l’orange, le gingembre, l’ylang-ylang, la menthe, le basilic, le romarin… Je vous souhaite maintes créations et délectations!


mures - salt spring island

Lacto-fermentations, saveurs locales et Salt Spring Island

9 août 2009

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Salt Spring Island. La plus grosse île de l’archipel du sud du golfe de Georgie, juste entre Vancouver et Victoria. Je suis en amour avec l’endroit. Non seulement le cadre dans lequel l’océan se révèle est superbe mais la nature y est spécialement magnifique, l’île située en pleine zone des Rainforests. Nous sommes hébergés sur une ferme/communauté travaillant en permaculture et qui est axée sur l’éco-foresterie, donc de l’usage et la gestion écologique et raisonnée de la forêt. Certains arbres y sont énormes, parmi les plus gros et grands que j’aie eu la chance d’admirer jusqu’à maintenant. Et si l’île est si belle, c’est aussi parce que les gens que j’y ai rencontré et qui y habitent sont si gentils, ouverts, hospitaliers, colorés, chaleureux. Je n’ai jamais vu d’endroit aussi riche en vie alternative. C’est presque un rêve pour un grano tant il y a, d’une manière concentrée sur l’île toute entière, de fermes biologique ou de communautés alternatives, de centres de méditation ou de yoga, de cafés bio et équitable, de marchés locaux. Au bord des routes, des kiosques aux fruits, légumes ou oeufs à vendre se succèdent, quoique pourtant inhabités… puisqu’ici la coutume est de venir se servir soi-même et, en toute honnêteté, de mettre les sous nécessaires dans une boîte (souvent non-cadenassée) à même le kiosque. Les gens ici semblent se faire confiance, les vitres des voitures baissées en plein stationnement de centre d’achat, les ordinateurs portables laissés sans surveillance sur la table d’un café pendant plusieurs dizaines de minutes, les vélos déposés simplement sur le côté d’un commerce. Ici, « faire du pouce » est d’usage courant par on dirait tout le monde, un moyen de se rendre à son lieu de travail sans crainte d’arriver en retard, la moyenne d’attente est apparemment de 2 minutes maximum pendant le jour. Un paradis parfait pour l’alternatif? Le seul bémol est de l’ordre pécunier: tout est extraordinairement dispendieux.

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Sur la ferme, nous partageons presque tous les moments avec nos amis Andrew et Chaylene ainsi qu’une autre gentille wwoofeuse britannique du nom de Hannah. Ensemble, nous avons passé de très beaux moments depuis notre arrivée mardi dernier, ce relent de sociabilité nous fait le plus grand bien après notre dernière étape difficile sur l’île de Galiano (voir article précédent). Dès notre arrivée, plusieurs opportunités se sont offertes à nous, des rencontres se révélant savoureuses et pouvant porter fruits se sont montré le bout du nez… Parmi les belles personnes dont nous avons fait connaissance, Luba, lumineuse créatrice de gourmandises vivantes rencontrée au marché local du samedi et avec qui nous risquons de rester en contact pour l’organisation d’un potluck cru avec la communauté crudivore de l’île.

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Avant la parenthèse sur Galiano il y a eu notre dernier moment à Stellar Seed qui fut des plus spécial: Un potluck ayant comme thème « ingrédients provenant de moins de 100 pieds du lieu de préparation du plat cuisiné ». En effet, consommer localement avec « The One Hundred Mile Diet » devenant de plus en plus populaire un peu partout en Amérique, nos hôtes ont trouvé intéressant d’organiser un événement avec une distance encore plus courte de 30 mètres environ, se voyant donc pratiquement s’arrêter aux limites des jardins ou fermes des participants. Ainsi, des tablées de salades diverses, bouchées aux herbes, tartes salées, viandes préparées, maïs sucré, pains frais, cidre maison, bières, fruits et dessert, furent avalées avec entrain par une cinquantaine de personnes venues des fermes bio voisines. J’y avais bien sûr préparé quelque chose de cru, une recette que j’avais anticipé plusieurs jours à l’avance et qui fut élaborée presqu’à 100% avec des ingrédients du jardin adjacent à notre chambre:

kimchi

KIMCHI ou LACTO-FERMENTATIONS ÉPICÉES

La fermentation lactique (pourtant possible sans lait!) est un procédé naturel par lequel des bactéries amies, de l’ordre des probiotiques, transforment les glucides de certains légumes en acide lactique, leur permettant ainsi une meilleure assimilation de leurs éléments par notre système digestif et une conservation accrue. Comme pour le yaourt ou le kéfir, ces aliments deviennent des alliés de choix pour notre flore intestinale. La choucroute est le meilleur exemple de ce type de fermentation. Cette version inspirée du Kimchi, célèbre lacto-fermentation coréenne, demande de 4 à 6 jours aux bactéries lactiques pour fermenter les ingrédients ci-bas, le miso non-pasteurisé servant de culture active de départ:

Matériel:

-un grand bocal à cornichon d’un gallon (ou si plus petit bocal, couper les quantités de la recette pour obtenir les bonnes proportions);

-un plus petit bocal (ou un verre) rempli d’eau pure possédant un diamètre légèrement inférieur au goulot du grand bocal;

-un pile-patate;

-un grand bol ou bac, couteau, planche à couper

-un tissu propre ou coton à fromage

-Une pièce tempérée entre 20C et 25C

Ingrédients:

2 choux verts moyens coupés assez finement (garder entière au moins une grande feuille extérieure de l’un d’eux, conserver de côté)

6 carottes râpées ou en rondelles très minces

2 oignons tranchés finement

2 poivrons jaunes, oranges et/ou rouges coupés en lamelles

6-8 gousses d’ail broyées

3-4″ de gingembre frais émincé finement

2 cuil. à thé de miso non-pasteurisé

3 cuil. à soupe de sel de mer

2-3 pincées de chacune des épices suivantes:  graines de carvi, de coriandre, de moutarde, poivre noir en grains, cayenne


–> Dans un grand bol ou un bac, mélanger tous les ingrédients. Avec des mains propres, masser les légumes vigoureusement pendant le brassage. Laisser reposer une quinzaine de minute puis brasser quelque peu à nouveau. Commencer à remplir le grand bocal du mélange en tassant fermement le tout à l’aide du pile-patate à chaque 3″ environ. Le jus des légumes devrait commencer à monter au fur et à mesure du tassage. Arrivé jusqu’au début des « épaules » du bocal, -lorsqu’on les presse,- les légumes devraient être complètement sous le niveau du liquide extrait par le tassage. Placer la grande feuille extérieure de chou que l’on avait réservée sur le mélange, à l’intérieur du bocal, afin de former un genre de couvercle touchant les légumes. Mettre ensuite le plus petit bocal (ou verre) rempli d’eau dans le goulot du grand bocal, afin de créer un poids servant à conserver en tout temps le mélange et sa feuille de chou sous le niveau du liquide. Dans une pièce tempérée (20-25C), recouvrir le tout d’un tissu propre ou d’un coton fromage afin de s’assurer qu’aucune bestiole n’ira s’y noyer ni poussière s’y déposer. Laisser fermenter tranquillement tout ce beau monde pendant 4 à 6 jours en prenant soin de ne rien déranger des bocaux ou du mélange mis à part de venir renifler quotidiennement l’évolution aromatique de la fermentation. Vous pourrez constater qu’à chaque jour, le kimchi prendra une odeur de plus en plus vinaigrée, ce qui est tout à fait normal. Une bonne ventilation du lieu pourrait être nécessaire surtout si la pièce est habitée pendant le jour (ou la nuit) et que l’odeur vous déplaise quelque peu… Après les jours écoulés, mettre le tout au réfrigérateur (en fermant le couvercle du bocal ou en transférant le tout dans des plus petits bocaux mason fermés de leurs couvercles) afin de stopper la fermentation. Consommer immédiatement ou conserver pour plusieurs mois à condition de conserver le tout au frigo en tout temps.

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Une image d’un autre blogueur épris de fermentation juste pour vous montrer l’idée « du mélange sous le liquide » et « du p’tit bocal dans le grand pour faire du poids »… les élastiques ne m’ont jamais été nécessaires dans le passé mais pourquoi pas?

Chutney aux abricots et tamarin

25 juillet 2009

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Notre séjour sur la ferme de Stellar Seeds s’achève dans quelques jours. Trois semaines de sécheresse  à désherber et récolter maints légumes dans des rangs dignes des kibboutz les plus pittoresques, à partager et à apprendre avec des personnes délicieusement inspirantes, à vraiment bien manger, à expérimenter et créer de nouvelles recettes crues. Les derniers jours nous ont forcés à nous lever même avant l’aube tant la chaleur accablante de l’après-midi était intense. À 5h du matin, on découvre que tout est si calme, que le sol poussiéreux revêt, malgré les dernières semaines sans la moindre goutte de pluie, une fraîcheur exsudée magiquement des tréfonds terrestres par les plantes pendant la nuit.

Si plusieurs fermiers sont désespérés par cette bouderie céleste, les puits artésiens ne fournissant plus la demande en irrigation, l’abondance estivale est tout de même en pleine effervescence: Après l’époque des fraises, cerises et verdures variées,  c’est maintenant l’essor des groseilles, cassis, framboises, abricots, maïs, carottes, tomates, poivrons, choux et bien d’autres, bien d’autres à venir, à quotidiennement bénir notre table de leur présence bienfaitrice. Nos sessions de « crudinage » s’en trouvent exponentiellement rehaussées en variété et fraîcheur, c’est tout simplement trippant.

Je vous en partage ici une douce recette, à la préparation ridiculement facile, née tout juste de cet élan que l’été nous apporte:

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CHUTNEY AUX ABRICOTS ET TAMARIN

Le chutney est habituellement un condiment à base de fruits, de légumes et d’épices, légèrement sucré et vinaigré, qui a la fonction d’accompagner des plats salés afin de contribuer à l’équilibre des saveurs. Cette version née de l’assemblage des produits locaux et saisonniers (et de l’hémisphère droit de ma masse cérébrale…!) sait marier le fruité de l’abricot, du tamarin et du vinaigre balsamique aux parfums puissants et gourmands de l’ail et du romarin. À servir aux côtés de bouchées aux noix ou au sésame, de pilafs, de craquelins vivants servant à monter des hors-d’oeuvres, tartes salées, etc… Il se conservera facilement une bonne semaine au réfrigérateur.

12 abricots frais

2 cuil. à thé de pâte de tamarin (ou la chair d’environ 4 gousses) -peut être trouvé dans les marchés asiatiques ou indiens-

2 gousses d’ail moyennes broyées

1/2″ de gingembre frais haché finement

2 cuil. à soupe de sirop d’agave cru

2 cuil. à thé de vinaigre balsamique

1/2 cuil. à thé de jus de citron

1 pincée de sel de mer

6-8 feuilles fraîches de romarin -roulées délicatement entre les doigts afin d’en extraire les huiles essentielles volatiles-

–> Masser doucement les abricots frais au préalable s’ils ne sont pas assez mûrs. Couper ces derniers en fines lamelles à l’aide d’un bon couteau. Dans un bol, incorporer les autres ingrédients aux abricots et masser le tout avec les mains (quel plaisir!) ou à l’aide d’une spatule afin que se lient les différents éléments. La consistance peut être ajustée avec un peu d’eau pure au besoin, tout en sachant que la texture désirée ressemblera plutôt à celle d’une confiture épaisse qu’à une sauce liquide. Laisser reposer quelques heures au réfrigérateur avant de servir.

N’hésitez pas à nous laisser vos commentaires, nous aimons tellement ça avoir de vos nouvelles et connaître vos impressions!

À très bientôt j’espère! :)

Bronzage, pieds sales et croquettes aux noix

18 juillet 2009

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Par où commencer tant il y a de choses à dire? Tant de micro-détails se sont manifestés depuis mon dernier billet! « Keep it simple », me dis-je… D’abord, il y a eu des sessions intenses de désherbage et de récoltes. Il y a eu , y a encore maintenant et y aura apparemment pour les jours à venir, ce Soleil, intense, brûlant, cuisant nos chairs à longueur de journée dans les rangs de légumes (pas de pluie ici et des 35C à l’ombre toute la dernière semaine), ce plaisir retrouvé de marcher pied nu sur la terre grasse, de suer, d’avoir les cheveux gras et de s’en foutre… de devenir un « Dirty Organic Farmer » comme ils disent ici! Mes muscles se tonifient enfin, je retrouve des allures de mes années pré-citadines, ça fait du bien de se sentir homme à nouveau. Côté bouffe, la grande ouverture de nos hôtes, Patrick et Colleen, envers l’alimentation vivante fait que nous mangeons beaucoup mieux, cru et frais du moins. En fait, presque tout vient du jardin (même la bière – la microbrasserie bio Crannog Ales étant située à même la propriété -!) mis à part des fromages et pains produits localement. Nous nous pratiquons beaucoup à « crusiner », si ils n’étaient pas eux-mêmes des « Poor Organic Farmers », ils ne cessent de dire qu’ils nous embaucheraient assurément juste pour faire la popotte tant ils aiment ce que nous leur concoctons au fil des jours. D’ailleurs, plusieurs nouvelles recettes et projets sont nés au cours des derniers jours (voir recettes plus bas). Nous nous promettons de vous partager tout cela dans nos articles à venir.

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Laitue s’apprêtant à fleurir (à gauche)/ pavots, brocolis, poireaux pour semences (à droite)

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Patrick et Colleen devant une tablée de nos créations vivantes

Si le corps va donc beaucoup mieux, il en est de même pour mon esprit. Depuis le Vipassana, la digestion de tout ça s’est avéré fructueuse. Le silence et l’espace dans ma tête fait du bien. Le coeur s’ouvre chaque jour toujours encore plus, la respiration devient plus profonde. Je trouve que la nature aide beaucoup pour ça. Je redécouvre également avec beaucoup de joie et de gratitude les enseignements d’Eckhart Tolle, un rappel à l’acceptation inconditionnelle de l’instant qui se présente à chaque seconde. Sans résistance, la Vie s’occupe de tout, il ne reste qu’à se laisser porter en observant ce film qu’est l’existence et que l’on prend trop souvent sérieusement. Peut-être penserez-vous qu’il est plus facile d’embrasser « ce qui est » lorsque l’on est en vacances? Oui mais non. Grosses ou petites, des tensions intérieures, y’en a incessamment où que l’on soit, je peux vous l’assurer!

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La récolte de l’ail et son séchage

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Véronique récoltant le basilic pour le marché fermier du lendemain

Après des sessions intenses de désherbage, la récolte de milliers de bulbes d’ail a tiré tout notre jus au cours des derniers jours. Stellar Seeds produit annuellement plus de 20 différentes variétés d’ail biologique avec des noms tels que Georgian Fire, Joe’s Artichoke ou Russian Red pour le marché fermier local et pour les deux « Garlic Festivals » prenant place annuellement en Colombie-Britannique. En plus des dizaines de variétés de légumes et petits fruits que nos hôtes vendent également au « Farmers Market » du samedi matin, Patrick et Colleen cultivent avec, je trouve, une grande humilité et expertise, environ 200 variétés de semences biologiques. En constatant par moi-même à quel point ils prennent soin de leurs cultures et la sélection minutieuse de leurs plants-mères, je conseille véritablement à tout jardinier de se procurer ses futures semences de jardin via leur site web. À voir aussi comment ils ont commencé de rien et comment leur entreprise grandit, ils nous donnent l’envie et le courage de continuer à nourrir les projets qui nous attendent de retour chez-nous. Parlant de ça, voici donc une de mes dernières improvisations:

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Croquettes de noix et légumes du jardin (donne environ 8 escalopes)

2 tasses de noix de grenobles grossièrement hâchées

1/2 tasse de graines de lin moulues

1/2 tasse de tomates séchées préalablement trempées puis coupées

1 poivron rouge, jaune ou orange coupé en petits dés

1 carotte râpée

1 oignon vert (échalotte) hâché

4 brins de persil hachés

2 gousses d’ail broyées

2 cuil. à soupe d’huile d’olive

2 cuil. à soupe de sauce Bragg ou sauce tamari

1 cuil. à thé de graine de coriandre moulue

1 pincée de poivre , de piment de cayenne et de sarriette

un peu d’eau pure (au besoin) pour l’obtention d’une texture collante pas trop liquide

–> Mélanger d’abord tous les ingrédients sauf l’eau que l’on ajoutera graduellement en dernier pour obtenir la consistance collante et pas trop liquide. Façonner des boulettes de la forme désirée avec les mains (propres! :). Passer à l’étape suivante en les roulant dans la panure:

Gomashio vivant

1/4 de tasse de sésame décortiqué (blanc) moulu grossièrement

1/2 cuil. à thé de sel de mer

quelques gouttes d’huile de sésame rôti (j’le sais, c’est pas cru…)

–> Bien mélanger et that’s it!

Déshydrater les croquettes pendant une dizaine d’heures à 105F en les tournant de bord à mi-course (pas de feuilles teflex nécessaires normalement si la texture est assez ferme). Avant de les savourer nature, vous pouvez céder à la tentation de les napper de cette sauce également sortie de mon imagination:

Coulis rafraîchissant au citron, au basilic et à l’ail

3 feuilles de bette à carde

2 tasses de feuilles de basilic fraîches

1 cuil. à soupe de beurre de cajou ou de macadame

4 cuil. à soupe d’huile d’olive

3 cuil. à soupe de jus de citron

4 gousses d’ail

sel et poivre (au goût)

–> Passer tous les ingrédients au mélangeur jusqu’à leur réduction en purée crémeuse.

Ce qui est merveilleux avec le cru c’est que, même par une journée ultra-chaude comme celles que nous avons connues, tout est rafraîchissant, même ce qui est plus consistant. Accompagnées d’une salade de roquette, ces croquettes furent un véritable régal. Bon appétit et à bientôt!!!

« Désert » et « fertilité »

7 juillet 2009

sapin au soleilLes rayons du Soleil cuisent doucement les aiguilles d’un sapin aux parfums exquis

Non, Véronique n’est pas enceinte. Je voulais dire par « fertilité », en opposition au pseudo « désert » de l’Okanagan que nous avons traversé avant de nous rendre au Centre de méditation Vipassana, que nous baignons maintenant, au jour où je vous écrit ces lignes, dans toute l’abondance et la profondeur des expériences que nous avons pu faire assis en tailleur pendant les 10 jours de la retraite. Pendant plus de 10 heures par jour, en silence complet, sans contact avec qui que ce soit entre nous, nous avions la mission de simplement observer les sensations dans notre corps, notre propre respiration, au fil des directives des enseignants. Réduire en mots ce qui s’est vécu là-bas serait fort réducteur de toutes les expériences si intenses dont mes cellules bourdonnent encore. Je me limiterai à dire que ce fut parmi les moments les plus intenses de ma vie, du moins intérieurement parlant. « Obligé » à descendre dans les profondeurs où l’on ne veut guère s’aventurer habituellement, de se lier d’amitié avec des sensations que l’on repousse normalement, voir qu’elles ne sont qu’énergie, impermanentes, éphémères, inoffensives malgré leur  apparence trop souvent terrible, qu’elles sont constituées de la même nature que celles que l’on aime, celles que l’on désire, celles qui nous rendent fébriles jusqu’à nous pousser à la dépendance. Tout cela se passe dans notre corps, via ce mental fou de réactions, en dépendant en fait pour sa propre survie illusoire. Observer cela en toute objectivité, sans réagir, sans étiqueter telle ou telle perception. Sentir l’expérience avec toute notre présence, en toute ouverture. Voilà ce qu’il faut maintenant continuer à pratiquer dans cette vie qui recommence à être trépidante, à la sortie de la clôture à ours électrifiée du Centre isolé de toute distractions. Et ce n’est pas facile.

Une impression de décor de film western me vient en regardant « le monde » depuis ces jours de claustration. Tout semble stable et permanent, on aimerait tant le croire, mais rien de cela n’est vrai: Un continuel mouvement d’atomes, sans aucune densité réelle, uniquement pure énergie. Rien n’est saisissable, la naissance et la mort passe des milliers de fois à la seconde. Du point de vue du « petit moi », celui qui se croit être « quelqu’un », celui qui s’acharne à s’agripper au flot, c’est terriblement effrayant. Mais si on s’abandonne à cela, par l’expérience réelle dans notre corps, non de concepts intellectuels superficiels, en acceptant vraiment ce vide inévitable et infini sous nos pieds, cette impermanence de tout ce que l’on croit ou espère « durable », la libération est merveilleuse au-delà de toute imagination. L’effleurement de cette libération m’a à certains moments fait trembler, à d’autres dissoudre de légèreté.

osoyoos

Osoyoos et son « désert » vu d’en haut du versant Est

Bon, toujours est-il que parlant de décor western, pour rester pour ainsi dire sur le plancher des vaches, déblatérons « désert ». L’Okanagan est sec et aride mais ce n’est pas un désert comme nous espérions le découvrir. Des vignobles et des vergers de fruitiers plantés dans le milieu d’une terre certes inhospitalière sans les tonnes d’eau qui y sont irriguées artificiellement. Des versants et vallées rappelant la vibe de l’Arizona ou de la Californie. Beaucoup de retraités, des grosses baraques et un feeling de consommation de l’espace un peu troublant. La saison des récoltes est commencée, quoiqu’en retard cette année à ce que l’on peut entendre, les jobs de « picking » que les Québécois attendent aux côtés des Mexicains et autres Latino-Américains afin de s’arracher les quelques postes de monteux d’échelles. Nous avons savouré déjà de merveilleuses framboises, cerises et fraises locales, ces dernières parmi les meilleures que j’aie goûtées, sans compter les petits-pois tout dodus du soleil et de l’eau qu’ils ont bus. Il n’y a pas à dire, monde illusoire ou pas, l’impermanence de ces choses canalise des saveurs délicieuses!!! Merci la Vie.

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Vallée de l’Okanagan, un contraste frappant de végétations différentes

Dans quelques heures à peine nous rejoignons nos prochains hôtes Wwoof, Stellar Seeds, à Sorrento dans les Shuswap. C’est une ferme maraîchère et de production de semences biologiques. Nous devrions y être pour les deux prochaines semaines. On vous tient au courant des découvertes et expériences qui s’annoncent, c’est promis! Alors à très bientôt!

Avant le silence… Bouchées indiennes et boules au cacao et aux fleurs

22 juin 2009

nuages kaslo

Nos aurevoirs à nos hôtes wwoof et à la jolie ville de Nelson auront été fait sous une averse de pluie admirable. Nous avons repris la route ce matin après trois semaines paisibles et nous nous dirigeons maintenant, via la vallée de l’Okanagan, vers Merritt et son centre de méditation Vipassana où une retraite silencieuse de 10 jours nous attend à partir de mercredi. 10 jours donc sans pouvoir vous donner de nouvelles. 10 jours aussi à ne pas manger forcement cru, ce n’est pas la fin du monde bien évidemment, on verra comment nos corps réagiront à ce petit changement d’habitude.

Notre dernier popottage cru à la ferme fut mémorable. À l’occasion du potluck de l’Open House de la communauté cette dernière fin de semaine, nous avons concocté, dans un élan intéressé, des gâteries que nous allions au moins pouvoir manger (nous sommes en cure « sans aucun sucrant que se soit). C’est sur une table colorée de verdures sauvages, de salade d’amandes et de graines de chanvre germées, d’hummus, de ratatouille, de chili con carne de caribou, de muffins aux betteraves (que Véro a préparé également soit dit en passant…), de pousses de tournesols, de risotto à la féta et tomates séchées et bien d’autres, que se sont retrouvées nos gourmandises crues dont je vous présente les recettes:

boules roses et indian things

 

BOUCHÉES INDIENNES À LA CARDAMOME

1 1/2 de farine de noix de coco crue

1 1/2 d’amandes pré-trempées puis moulues

1 tasse de beurre de coco

10-15 gousses de cardamome

1 pincée de stévia concentré en poudre

1 pincée de sel de mer

Bien mélanger le tout jusqu’à l’obtention d’une pâte ressemblant à celle d’un sablé. Façonner en un grand carré plat que l’on coupera en bouchées triangulaires. Réfrigérer au moins une heure avant de servir. 

Recette fraîchement inventée par Véro afin d’assouvir mon désir envers les petites pâtisseries indiennes que l’on retrouve chez Pushab à Montréal… et, ma fois, cette version végétalienne et crue m’enchante encore plus! Si simple et si délicieux!

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BOULES DE CACAO À LA LAVANDE ET À LA ROSE

1/4 tasse de graine de chia moulue

1/4 tasse de graine de lin moulue

1/4 tasse de farine de noix de coco crue

1/2 tasse de beurre de coco

2 cuillères de tahini cru

1/3 tasse de poudre de cacao crue (ou de caroube pour les moins cochons…)

5-6 gouttes d’huile essentielle de lavande

1 bonne pincée de stévia concentré en poudre

1-2 pincées de sel de mer

Poudre de pétales de rose (pour la déco)

Mélanger le tout, sauf la poudre de rose, avant de façonner de petites boules. Rouler ces dernières dans la poudre délicatement aromatique. Réfrigérer au moins une heure avant de servir.

Une version florale d’un classique adapté de mes « boules d’énergie » d’habitude sucrées aux dattes et au sirop d’agave. Plus soft certes, elles n’en sont pas moins délicieuses et santé, ajoutant d’une manière agréablement sournoise une bonne dose de  fibres dans votre bol alimentaire…

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À bientôt!!!! 

 

La belle vie

16 juin 2009

duo-jardins-kaslo

Juste avant d’aller manger à l’unique resto indien de Nelson et de prendre un café mémorable dans ma nouvelle maison de torréfaction fétiche, l’Oso Negro, nous venions juste de déposer la charmante Kiki, notre première auto-stoppeuse du voyage, maître Reiki de 17 ans, bohémienne campeuse aux cheveux bleachés. C’est notre troisième journée de congé de la semaine.  Le trajet entre Kaslo et Nelson est d’environ 45 minutes, une distance fort acceptable pour aller se changer les idées de la vie à la ferme et venir vous écrire d’un café internet. Et, vu notre passage en ville,  notre mission sera également de faire les grandes emplettes familiales à la coopérative biologique.

véro-kayak

dan-chiens

Notre séjour à la ferme entame sa dernière semaine aujourd’hui. Nous y sommes si bien, le paysage y est si magnifique, notre intimité si préservée, les 20 heures de travail par semaine passent rapidement, mais tout le reste aussi malheureusement… Entre les sessions de désherbage, de plantations, de récoltes, de cuisine et de ménage, nous avons la chance d’aller nous balader dans la forêt d’arbres gigantesques qui borde le domaine (gare aux ours et aux cougars cependant!), de s’aventurer en kayak ou de simplement de se laisser dorer au soleil en lisant un livre inspirant. Les chiens viennent souvent veiller sur nous, que cela soit sur la berge du lac ou sur notre terrasse. J’ai appris que le Québec n’avait pas spécialement profité d’un temps exceptionnellement chaud depuis le printemps; ici, en montagne, même si les nuits sont relativement fraîches, nous frôlons les 30C en après-midi et le soleil est quotidiennement de la partie. Les pluies ne persistent rarement plus qu’une demie-heure, lorsque les nuages vaporeux et fantastiques s’agrippent aux flancs vert émeraude des sommets sauvages. Que dire de plus lorsque le temps ne fait que passer si doucement, un moment à la fois, sans la fébrilité du rêve de « toujours à avoir à faire plein d’affaires »?!? 

nuages-kaslo

Non pas selon « ce que je veux », ce voyage semble prendre une fonction « purgative »… de quoi, je n’ai toujours pas saisi complètement l’ensemble du truc, mais je ne cesse de rêver à vous tous et toutes: Nuit après nuit vous êtes là, dans mon sommeil, je ne cesse de rêver à ma famille, à mes amis proches ou même à des gens dont j’avais consciemment oublié l’existence. C’est vraiment intense, plein de symboles forts, j’ai l’impression de faire un ménage énorme, une grosse vente de garage à méninges ouverts, un lavement du bulbe reptilien! Bref, sachez-le bien très chers amis et merveilleuse parenté, je pense à vous et ne vous oublie pas du tout apparemment! À bientôt!!!

La douceur d’être posés…

8 juin 2009

dan et les montagnes + live simply

Notre chalet à la magnifique vue sur les montagnes!

Je regarde notre voiture qui est stationnée depuis presqu’une semaine maintenant. Elle est véritablement devenue une œuvre d’ « action painting », son devant est complètement recouvert des bigarrures texturées de ces mille et unes bestioles qui ont dramatiquement scellé leur destin au nôtre au fil des virages, des descentes et montées vertigineuses, des heures de routes que nous avons prises depuis notre départ. Son arrière, quant à lui, arbore le nouveau parfum du beat d’ici : Live Simply, son premier « bumper sticker », posé comme une île en pleine mer de poussière de route. Elle se repose donc enfin après tout ces kilomètres, comme nous le faisons d’ailleurs nous-mêmes, à l’ombre de notre petit chalet de bois où nous resterons pour les prochaines trois semaines.

kaslo-chalet + pic bois

Même si notre voisin immédiat, voire colocataire, est un pic bois spécialement matinal qui niche à même le mur de la chambre à coucher et qui se met à forer latéralement dès les premières lueurs du jour, le sommeil ici m’est profond et réparateur. Il faut dire que le travail physique me manquait depuis quatre ans, ça fait vraiment du bien de se coucher complètement crevé par « d’la bonne fatigue »… Mes muscles ne seront peut-être pas d’accord avec ce que j’expose ici, mais tant pis pour eux. Car le jardinage n’est pas le seul à leur remettre sur le nez leur manque de flexibilité et de tonus, je leur ai aussi fait subir une partie de soccer mémorable avec des gars du village…

lac kootenay

Le lac Kootenay vu de la plage municipale de Kaslo

Parce qu’ici, nous sommes à Kaslo, une petite ville où l’ambiance communautaire est palpable partout : des activités sociales de poterie, de yoga, des concerts de musique réalisés par des enfants faisant l’école à la maison, le « farmers’ market » du samedi où les échanges sont plus communs que les achats, des clubs de tricoteuses, etc. Nos hôtes WWOOF se fondent d’ailleurs parfaitement dans ce cadre alternatif : le Kootenay Lodge & Farm est vraiment un endroit accueillant tant par ses résidents que par le lieu comme tel… Juste au bord du lac Kootenay aux flancs escarpés et sauvages, les prés verts et fleuris du domaine contrastent avec les pics montagneux « magnificient » d’en face où la neige continue de tomber certains jours pendant que nous désherbons les rangs d’ail à la sueur de notre front. La vie passe paisiblement. Les chiens, les moutons, les poules, les gens, tout ce qui respire en cet endroit est cool. Ici, rien de stressant, même pas de moustiques pour nous énerver, que du temps et de l’espace pour être en contact avec notre nature profonde et celle qui nous entoure. David et Janet sont d’ailleurs tournés eux aussi vers la spiritualité, des échanges précieux parsèment nos journées en leur présence. L’autre soir, pendant que les coyotes riaient au loin, nous avons pris part à un rituel nocturne amérindien au bord du feu qui nous a donné à tous les deux des rêves inspirants à saveur shamaniques… Et parlant de saveurs, la nourriture ici ne nous dépayse pas du tout : kombucha, germinations, herbe de blé, lacto-fermentations, grosses salades ornées de fleurs délicieuses… pas tout cru mais presque, simplement parce que leurs filles, au nombre de trois, apprécient fortement les patates ! Ça fait qu’un peu de cuit végé voisine dans nos assiettes colorées les hâtives laitues et roquette du jardin, plantes sauvages comestibles et herbes aromatiques, pousses, marinades, fruits du verger et autres produits locaux échangés en ville avec les autres fermiers du coin.

jardins et cerisiers

Vue d’un des jardins et du verger de cerisiers

J’ai en prime avec tout ça beaucoup de moments privilégiés, beaucoup plus qu’à Montréal, pour me faire des dégustations de thé avec, en plus, par le recul dû à la distance avec le Camellia, une innocence et une curiosité bienfaitrice valant bien toutes les connaissances de dégustateur acquises pendant les dernières années. Pareil pour le jardinage, car si j’en avais mis temporairement les données mentales au rencart pendant mon séjour citadin, je retrouve aujourd’hui avec joie et spontanéité les plaisirs de me salir les genoux de compost humide, « d’avoir le d’ssous des ongles toutte’noirs » ou encore d’avoir les bons réflexes de planter « ça à côté de d’ça parce que ça va l’aider en y faisant de l’ombre » ou « pour faire piège à odeur pour les bibittes ». La nature et le travail extérieur me fait le plus grand bien. Je me suis enfin retrouvé. Ça faisait longtemps, trop longtemps. 

duo-kaslo5.1

Daniel retrouvant ses instincts de crudivore… clin d’oeil en hommage à Viktoras Kulvinskas!


La terre promise

31 mai 2009

Aujourd’hui pas de photos, nos appareils sont malheureusement vidés de leur jus de sodium-nickel machin et ne peuvent donc pas déverser leurs pixels dans nos portables… ça viendra, c’est promis… Le défi est alors encore plus important, vous faire voir avec les mots tout ce que nous avons vu depuis trois jours, c’est à dire presque le paradis sur terre. Notre arrivée aux Rocheuses a été célébrée en grandes pompes: le Soleil éclairait si bien chaque roseau, chaque aiguille de pin, les cumulus étaient gonflés d’amour duveteux immaculé, la neige des hautes cimes réfléchissait toute son ardeur lumineuse sur les lacs d’un turquoise profond, les oiseaux splendides -mais inconnus pour les yeux d’un gars comme moi ayant uniquement grandi avec le guide des « Birds of Eastern America »- pépiaient tout près de nous leurs charmants mouvements courtisants. Seuls les ours n’étaient pas au rendez-vous, ce qui n’était pas plus mal, je l’accorde à l’Univers. Car ici, c’est écrit partout, c’est leur territoire, et ils ne sont apparemment ni des peluches ni des mascottes. 

La suite à Calgary fût brève. Après s’être vus frappés de plein fouet par des prix exorbitants en matière de légumes et fruits frais, nous nous sommes repliés dans les retranchements de notre voiture avec la nourriture suffisante pour deux jours entiers (crue bien entendu!), et sommes partis nous reposer dans un camping des Foothills… Deux jours à rien foutre, juste se reposer. Au bord d’une rivière fougueuse d’un glacial mémorable (on s’y est lavé tout de même!), nous nous sommes enfin reposés. Juste de ne pas bouger, de laisser la voiture là, de ne pas monter et démonter la tente, ça fait du bien au corps et à l’esprit. La vue des montagnes était superbe, ces pics enneigés qui semblent si inhospitaliés pendant que nous, bien au chaud dans les petites collines, nous nous prenions un de ces coups de soleil! Ouch! Cette pause du côté albertain nous a donc fait un bien immense, juste assez pour partir ce matin pour la Colombie-Britannique, c’est à dire franchir ce rideau de pierres, de glace et de sapins, pour enfin trouver de l’autre côté notre terre d’asile estivale.

Et là, ce qui m’est arrivé, ce n’est pas rien, pas banal. Je laisserai à Véronique le soin de vous partager ses impressions si elle le désire dans un de ses articles, car ceci est bien trop personnel: Vous savez lorsque l’on tombe en amour? On voit la personne pour la première fois, on la trouve jolie mais ce n’est pas ça qui nous enflamme, c’est quelque chose de plus, quelque chose derrière, de plus profond, une impression inébranlable que quelque chose de grand et d’irréversible vient de se produire dans notre coeur… on ne sait pas pour l’autre, si il ou elle vit la même chose, mais on sait pour soi que ce qui brûle, là, en-dedans, c’est l’amour. Bien, moi, c’est ce qui m’est arrivé tout à l’heure. Soudainement, dans le passage d’un col, une énergie chaude et paisible m’est tombée dessus. Je me croyais encore en Alberta, en approche du passage de la frontière provinciale, mais non, c’était fait, j’avais loupé le panneau, on venait de traverser sans que je le saches… C’est fou ces affaires là. Les énergies qui diffèrent d’une place à une autre. L’Alberta avait une énergie un peu suffisante, présomptueuse, crispée mais penaude aussi. Bien, en tout cas, je l’ai sentie tout de suite cette « vibe du BC »! Ce « cool » m’a été des plus contagieux parce que j’ai tout de suite senti mes veines se dilater, mes muscles se décontracter. Des montagnes et des montagnes plus tard, toujours aussi vertes de leurs Pins de Douglas et de leur neige d’étoile filante, de flancs escarpés en vallées luxuriantes, mon coeur n’a cessé de se remplir d’émerveillement et d’amour (et là là, ce n’est pas qu’on en ait pas vécu d’affaires avant dans ce voyage, on est sensibles Véro et moi, on a tellement de fun ensemble, notre communication est merveilleuse, on partage nos impressions sans cesse, on en a senti des vagues de toutes sortes au fil des kilomètres…), de par les rivières de montagnes impétueuses, des sources et chutes jaillissant du roc à chaque falaise, et ce Soleil bénit, toujours aussi éclatant, à la lumière si chaude et claire… Ce, jusqu’à ce qu’on arrive à la Mecque du hippie, le « coup de grâce » au vrai sens du terme, la charmante ville de Nelson, nichée dans sa vallée, Nelson la ville qui sent bon. Grenouille l’aurait beaucoup aimé, j’en suis certain. Les lilas, maronniers, philadelphus, cerisiers et bien d’autres sont en pleine fleur, ils embaument intensément les rues bordées de coquettes maisons colorées. C’est une petite ville en étage, comme j’en ai vu en Europe, avec des passages reliant les différents plateaux des différents quartiers. Le dernier lot du camping municipal était pour nous, il nous attendait vaillamment avec comme sourire sa pelouse toute verte et moelleuse, comme baiser sa douche chaude délicieuse et comme belle surprise, afin que je puisse me rapprocher de vous, êtres chers, l’internet sans fil haute vitesse! À bientôt!